Le capitaine nigérien Roger Gabriel fait exploser une nouvelle bombe.
Dans une déclaration télévisée, le capitaine Roger Gabriel aurait affirmé avoir reçu un appel du chef d’état-major de l’armée tchadienne, ainsi que du commandant tchadien de l’armée de l’air et de la France, indiquant qu’ils seraient prêts à intervenir en faveur du coup d’État alors en cours au Niger.
Si cet aveu est authentique et si les faits peuvent être établis, il s’agirait d’une accusation extrêmement grave, susceptible d’avoir des conséquences importantes sur les relations entre le Niger, le Tchad et les États de l’AES.
Depuis plusieurs années, le chef de la junte tchadienne et son entourage sont accusés, à des degrés divers, d’ingérence dans les affaires de pays voisins. Le Soudan, la Centrafrique et, plus récemment, certains responsables des États de l’AES ont formulé des accusations ou des soupçons de cette nature. Jusqu’à présent, les autorités tchadiennes ont systématiquement rejeté ces allégations, les qualifiant de mensonges ou de campagnes destinées à ternir l’image du maréchal. Mais cette fois, plusieurs questions méritent d’être posées. Qu’est-ce qui permet d’affirmer que la déclaration du capitaine nigérien est vraie ? Où sont les preuves ?
Si le capitaine affirme avoir reçu un appel du chef d’état-major tchadien, il devrait être possible, à condition que les autorités nigériennes disposent des moyens nécessaires, de rechercher des éléments matériels permettant de corroborer ses déclarations : traces d’appels, données téléphoniques, témoignages, documents ou autres éléments indépendants.
Une autre question interpelle : pourquoi le chef de la junte tchadienne répond-il personnellement à une accusation visant nommément le chef d’état-major de l’armée, au lieu de laisser celui-ci apporter lui-même les explications nécessaires ?
La réponse politique peut être compréhensible. Mais sur le plan factuel, lorsqu’une personne est directement citée dans une accusation, c’est d’abord à elle de répondre aux faits qui lui sont reprochés. Et surtout, un verset coranique ne peut pas remplacer une preuve lorsqu’il s’agit d’établir ou d’écarter un fait matériel. La foi relève de la conviction personnelle ; l’établissement de la vérité dans une affaire de cette gravité relève de preuves vérifiables et, le cas échéant, d’une enquête indépendante.
La véritable question est donc désormais celle-ci : Si le Niger produit des éléments matériels confirmant l’existence de ces communications, les États de l’AES passeront-ils à la vitesse supérieure en soutenant ouvertement l’opposition tchadienne ? Ou se contenteront-ils d’une réponse politique et attendront-ils le prochain épisode ?
Toutefois, la vérité doit être établie. Les accusations doivent être prouvées. Et la paix doit rester l’objectif. Wait and see.
Mais au-delà des accusations, des démentis et des rapports de force politiques, une chose est certaine : la région a besoin de paix et de stabilité. Le Sahel et l’Afrique centrale ont déjà payé un prix humain et économique exorbitant. Les ressources considérables consacrées aux rivalités politiques, aux conflits et aux interventions extérieures devraient plutôt servir à sauver des populations meurtries, affamées et déplacées.
La priorité devrait être de mettre fin aux conflits, de renforcer la confiance entre les États et de construire une véritable stabilité régionale.
Enfin, le peuple nigérien doit comprendre que le peuple tchadien demeure attaché à la stabilité de la région et n'a rien à voir avec cette implication, qui n'engage que la partie politique.
MS. Abdelsalam, analyste, chercheur associé au CEDPE
Sahel7, www.centrerecherche.com
MS. Abdelsalam, analyste, chercheur associé au CEDPE
Sahel7, www.centrerecherche.com