Au Soudan, la milice des FSR écrase la résistance du dissident Moussa Hilal

Jeudi 26 Février 2026

Mistariha, une zone autrefois calme du Darfour explose dans la violence
Par Observateur de la guerre du Soudan


Les Forces de Soutien Rapide (RSF) ont pris lundi le contrôle de Misteriha, le bastion du chef tribal arabe Musa Hilal, rival de longue date et critique du chef des RSF Mohamed Hamdan Dagalo.

Les combats intra-arabes au Darfour se déroulent dans le cadre du conflit plus large entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), une paramilitaire régionale qui s’est mutinée en 2023. Bien que ces deux acteurs dominent les gros titres et façonnent les récits médiatiques, le conflit englobe également une configuration complexe de groupes armés locaux, régionaux et idéologiques, soit alliés à l’un des principaux belligérants, indépendants, soit vaguement affiliés d’une manière ou d’une autre.

Hilal possède une base de pouvoir indépendante près de l’enclave montagneuse au cœur de la région, Jebel Marra (contrôlée par une autre faction indépendante, le Mouvement de libération du Soudan dirigé par Abdel Wahid al-Nur). Bien qu’indépendant, Hilal reçoit probablement aussi un soutien de l’armée soudanaise sous forme d’armes et d’argent, conformément aux schémas passés de guerre par procuration et à l’histoire de Hilal de collaboration avec le renseignement militaire.


L’assaut contre Misteriha a suivi une frappe de drone le dimanche soir visant la maison d’hôtes de Hilal lors d’un rassemblement d’iftar du Ramadan. Des rapports contradictoires concernent les pertes résultant de cette frappe. La ville, longtemps associée à la milice tribale mahamid de Hilal, était restée en dehors de l’autorité directe des RSF depuis le déclenchement de la guerre civile  en avril 2023. À midi lundi, des combattants des RSF se trouvaient dans un complexe identifié comme la maison d’hôtes de Hilal, diffusant des images de leur présence.

L’offensive pourrait consolider le contrôle des RSF sur le Darfour, mais elle risque aussi d’attiser la dissidence interne ou la fragmentation. La circonscription de Hilal chevauche celle des RSF ; il est un chef tribal de la même tribu arabe Rizeigat qui domine au sein des RSF. Des vidéos de conflit vérifiées par Sudan War Monitor plus tôt dans la guerre (2023-2024) indiquent que certains commandants et troupes de Hilal ont combattu aux côtés des RSF à Khartoum, El Fasher et ailleurs.

De plus, ces combats augmentent la probabilité que le conflit soudanais déborde au Tchad, puisque la tribu Rizeigat Mahamid de Hilal habite des deux côtés de la frontière, et que ses combattants ont également un passé d’implication en Libye.

Le gouvernement tchadien et les services de sécurité sont divisés en interne sur le camp à soutenir dans le conflit soudanais, et plusieurs affrontements transfrontaliers notables ont eu lieu ces dernières semaines. En 2012, une fille de Musa Hilal, Amani Musa Hilal, a épousé feu le président tchadien Idriss Déby, père de l’actuel dirigeant tchadien, selon des rapports de presse arabophones de l’époque.

Le mariage aurait impliqué une dot de 26 millions de dollars et coïncidait avec un rapprochement entre les gouvernements soudanais et tchadien après une longue période de guerre par procuration.