Sous la loupe

Au Tchad, l'armée électronique s'attaque au témoignage du capitaine nigérien

Jeudi 3 Septembre 2026

Par Dr Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
Président du CEDPE
yacoubahmat@aol.com
www.centrerecherche.com


A peine diffusées, les déclarations du capitaine nigérien Roger Gabriel sont prises d'assaut par l'armée électronique du chef de la junte au pouvoir, le maréchal Mahamat Idriss Déby. Cette armée numérique ne cherche pas à vérifier l'accusation ni à attendre une enquête : pour elle, le chef de la junte a toujours raison. Quand le Soudan pointe du doigt le maréchal pour son rôle dans le conflit, le chef a toujours raison ; et quand l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption évoque la haute trahison, le chef a encore raison. A chaque nouvelle accusation, à peine quelques minutes après l’annonce, cette armée numérique, en particulier la presse pro-MPS, se met en action pour attaquer, minimiser, accuser, ou encore marginaliser et humilier l’opposant. Cette mécanique, bien connue de tous, ne date pas d'hier, mais elle s'est nettement renforcée depuis l'avènement de la junte militaire au pouvoir.
Cette fois-ci, elle est soutenue et amplifiée par le bras médiatique français, qui s'est même permis d'affirmer que les autorités tchadiennes n'avaient toujours pas réagi à l'accusation non officielle des autorités nigériennes. C’est officiel, puisqu’il a fait la déclaration à la télévision d’État et qu’il vient d’être promu au grade de général. Il n’y a pas plus officiel que ça.
Pourtant, le chef de la junte a bien réagi, en citant un verset coranique, même si, formellement, cette publication ne mentionne ni le Niger ni le capitaine, et ne saurait donc être présentée comme une réponse officielle et explicite aux accusations nigériennes.
Rien ne justifie cette animosité récurrente de la politique africaine de la France, ni le soutien de sa presse qui cherche à orienter l'opinion africaine. N'importe quel autre pays, à la place de la France, réagirait sans doute plus vivement face au retrait forcé de son armée et à la perte de ressources minières exploitées depuis un siècle contre des compensations dérisoires. Mais ce que la presse française semble oublier, ou feint d'oublier, c'est que l'époque où elle détenait le monopole de l'information est révolue. Aujourd'hui, avec Internet et l'intelligence artificielle, tout finit, à l'excès, sur la place publique. Il appartient à la France de mettre de l'eau dans son vin et de revenir à la raison, c'est-à-dire de reconnaître son implication dans des manœuvres contre les États de l'AES, et de construire, ensemble, un partenariat gagnant-gagnant pour l'exploitation des ressources minières.
D'autre part, la junte militaire au pouvoir au Niger doit comprendre que son arrivée par un coup d'État ne l'autorise pas à s'accrocher indéfiniment au pouvoir, quel que soit l'alibi avancé. Si elle ne le comprend pas rapidement, elle sera tôt ou tard écartée par la force même sur laquelle elle comptait pour se maintenir. Nous avons déjà vu ce scénario se répéter dans plusieurs pays, où des chefs d'État (à l’instar du maréchal Idriss Déby Itno) s'accrochent au pouvoir sous des prétextes fallacieux, soufflés par des courtisans insensibles à la souffrance de leurs populations. Toute junte arrivée au pouvoir par la force, quel qu'en soit le prétexte, doit éviter de prendre sa population pour plus naïve qu'elle ne l'est afin de s'y maintenir.
La junte militaire au Niger doit amorcer une ouverture immédiate : libérer les détenus politiques, permettre aux partis politiques de fonctionner normalement, garantir la liberté d'expression, organiser des élections libres et transparentes, non pour se maintenir au pouvoir sous couvert de façade démocratique, mais pour permettre à un gouvernement civil de diriger véritablement le pays. A cette seule condition, la junte pourra sortir par la grande porte, avec les honneurs. Sinon…