Sous la loupe

Au Tchad, l’arrestation de “Bashara V8” : un succès sécuritaire, mais révélateur d’un problème plus profond

Dimanche 20 Septembre 2026


Les réponses arrogantes adressées aux agents de police par l’auteur des crimes illustrent le niveau d’impunité et de complaisance, qui constitue un facteur majeur de dégradation du climat d’affaires.


Les récents événements à N’Djamena (braquages armés en plein jour, usage d’armes de guerre à proximité immédiate d’unités de sécurité, et arrestation tardive d’un criminel notoire) mettent en lumière une vulnérabilité structurelle de l’environnement sécuritaire.
Pour un investisseur international, la sécurité est un critère déterminant dans l’évaluation du risque pays. Les incidents visibles, médiatisés et survenus dans des zones urbaines centrales créent une perception d’État affaibli, où la capacité de prévention reste limitée.
Ces éléments affectent directement la notation du risque pays, la capacité à attirer des capitaux privés, la crédibilité des engagements gouvernementaux et la prévisibilité des opérations économiques.
Les réponses arrogantes adressées aux agents de police par l’auteur des crimes illustrent le niveau d’impunité et de complaisance, qui constitue un facteur majeur de dégradation du climat d’affaires.
L’impunité, réelle ou perçue, constitue un risque systémique pour les investisseurs. Elle se traduit par une criminalité urbaine militarisée, des réseaux criminels bénéficiant de protections informelles, une faible dissuasion judiciaire, et une érosion de la confiance dans l’État. Dans les évaluations internationales, ce type de dynamique est classé dans les indicateurs de gouvernance, de stabilité institutionnelle et de risque opérationnel.
Les investisseurs interprètent ces signaux comme un coût supplémentaire de sécurisation, un risque de perturbation des activités, une incertitude juridique accrue, et une fragilité de l’État de droit.
Certes, l’arrestation de “Bashara V8” est un succès tactique, mais également un révélateur stratégique. L’opération ayant conduit à son arrestation démontre une capacité opérationnelle réelle des forces de sécurité. Elle constitue un signal positif, notamment dans le cadre de la communication gouvernementale avant le Forum de Paris.
Cependant, cette réussite met en lumière la durée anormalement longue de la cavale, la capacité du criminel à opérer en milieu urbain, la circulation incontrôlée d’armes de guerre, et la nécessité d’une réforme structurelle, et non seulement d’opérations ponctuelles.
Pour les investisseurs, cette arrestation est perçue comme un correctif, non comme une garantie durable. Les partenaires économiques évaluent le Tchad selon trois axes :
Sécurité physique des biens et des employés ;
Stabilité institutionnelle et capacité de l’État à faire respecter la loi ;
Prévisibilité des opérations et des investissements.
Les incidents récents affectent les décisions de due diligence, les conditions de financement, les assurances et primes de risque, ainsi que la vitesse de prise de décision des investisseurs. Dans les secteurs sensibles (énergie, infrastructures, logistique, télécoms), ces facteurs peuvent entraîner des retards de projets, des révisions de budgets, des exigences de garanties supplémentaires, ou des réallocations vers des pays perçus comme plus stables. Dr. Ahmat Yacoub Dabio, Expert en gestion de conflits, président du CEDPE.
Malgré les risques, la situation offre une fenêtre stratégique pour renforcer la confiance des investisseurs, à condition d’adopter une approche structurée, en s’appuyant sur des axes de consolidation tels que des réformes sécuritaires ciblées (professionnalisation, contrôle interne, lutte contre les protections informelles) ; le renforcement de la justice (accélération des procédures, sanctions exemplaires, transparence) ; une communication institutionnelle proactive (mise en avant des opérations réussies, publication de statistiques, engagement public contre l’impunité). Ces actions permettent de repositionner le Tchad comme un pays en transition sécuritaire maîtrisée, plutôt qu’un pays en crise sécuritaire persistante.
 
Enfin, la situation sécuritaire actuelle représente un risque réel pour l’attractivité du Tchad, mais elle peut devenir un levier stratégique si l’État transforme les incidents récents en engagements concrets, réformes visibles et actions mesurables. L’enjeu n’est pas seulement de rassurer les investisseurs : il s’agit de démontrer que l’État reprend le contrôle, renforce l’État de droit et construit un environnement économique sécurisé et prévisible.

vidéo de son arrestation 
https://vt.tiktok.com/ZSqWdpBnr/

Sarah H. Salmane,
analyste, chercheure associée au CEDPE.
Sahel7, www.centrerecherche.com