Il y a quelque chose de profondément révélateur dans le fait que ce soient aujourd'hui des adolescents, et non des responsables politiques aguerris, qui portent la critique la plus frontale contre le pouvoir au Tchad. Ces jeunes qui utilisent les réseaux sociaux pour dénoncer les maux qui minent le pays n'ont, pour la plupart, rien à voir avec la politique organisée et ne contestent pas le pouvoir en tant que tel. Ils reprochent au chef de la junte le jeune maréchal Mahamat Idriss Deby d'avoir échoué à combattre la misère, la corruption, le détournement des ressources publiques et la pauvreté. Leur critique n'est pas idéologique, elle est vécue, quotidienne, et profondément concrète.
Un cas devenu emblématique. Le 26 juin 2026, l'arrestation du jeune Ahmat Mahdi, 15 ans, accusé d'avoir critiqué le chef de la junte sur les réseaux sociaux, a cristallisé ce phénomène et suscité une vague de réactions dans le pays. Son cas n'est pas isolé. Au Tchad, comme l'observent plusieurs médias locaux, un nombre croissant d'adolescents et de très jeunes adultes s'adressent désormais directement, caméra frontale à la main, au président de la République et à d'autres responsables politiques, dans des vidéos où la colère, parfois maladroite ou excessive dans la forme, traduit un malaise de fond bien réel. Plutôt que de voir dans ces prises de parole juvéniles un signal d'alarme sur l'état du pays, le pouvoir semble avoir choisi de les traiter comme une menace à neutraliser, en recherchant et en arrêtant ces jeunes voix.
MS. Abdelsalam
Analyste, chercheur associé au CEDPE