"Bilinguisme obligatoire au Tchad", Dr. Ahmat Yacoub appelle à une approche fondée sur les données scientifiques

Samedi 25 Avril 2026

Toute politique linguistique doit reposer sur des données empiriques, issues d'enquêtes sérieuses et représentatives, plutôt que sur des perceptions ou des intuitions, aussi répandues soient-elles.


Quelques jours après la signature de la circulaire ministérielle rendant l'enseignement de la langue arabe obligatoire dans tous les établissements scolaires tchadiens, le Dr. Ahmat Yacoub Dabio, président du Centre d'Études pour le Développement et la Prévention de l'Extrémisme (CEDPE), a réagi avec une prudence scientifique notable, appelant à dépasser les clivages idéologiques pour aborder la question linguistique avec rigueur et nuance.

La langue, outil de développement avant tout

Pour le Dr. Ahmat Yacoub Dabio, le débat sur l'enseignement de l'arabe et du français au Tchad doit être replacé dans sa juste perspective. La langue n'est pas fondamentalement une question religieuse ou géographique, mais avant tout un instrument de connaissance, de communication et de développement des compétences. En cela, la réforme portée par le ministre Dr. Mahamat-Ahmad Alhabo, qui entend accorder à l'arabe le même volume horaire et le même coefficient que le français, mérite d'être analysée sans a priori.

Contre les généralisations non étayées

Le président du CEDPE met toutefois en garde contre un écueil récurrent dans ce type de débat : celui des généralisations hâtives. Affirmer qu'il existerait un rejet massif de la langue arabe dans certaines zones du pays reste, selon lui, scientifiquement non fondé, en l'absence d'enquêtes de terrain et d'études représentatives. Les recherches disponibles indiquent plutôt une diversité d'attitudes envers l'arabe et le français au sein de la société tchadienne, sans qu'aucun consensus uniforme ne se dégage.

Dans un pays aussi multilingue que le Tchad, les attitudes envers les langues sont profondément influencées par des facteurs historiques, politiques et sociaux qui varient d'une région à l'autre, d'une communauté à l'autre.
Un rappel historique révélateur

À l'appui de son analyse, le Dr. Ahmat Yacoub Dabio convoque un exemple historique frappant : le Ouaddaï lui-même, aujourd'hui souvent associé à la culture arabophone, a connu par le passé un rejet profond du français. Ce rappel illustre combien les résistances linguistiques sont contextuelles et évolutives, et que nulle communauté n'échappe à cette dynamique.

Persuasion plutôt que contrainte

Sur le fond de la réforme, le président du CEDPE plaide pour une démarche inclusive et pédagogique. Il appartient aux autorités éducatives, estime-t-il, de permettre l'apprentissage des langues tout en menant une campagne d'information et de sensibilisation sur leur utilité concrète dans le monde du travail et le développement économique. Le succès d'une politique linguistique dépend, selon lui, bien davantage de la persuasion et de la démonstration de son utilité pratique que de la contrainte ou d'un discours imposé de manière unilatérale.

La réaction du Dr. Ahmat Yacoub Dabio se veut un appel à la méthode : toute politique linguistique doit reposer sur des données empiriques, issues d'enquêtes sérieuses et représentatives, plutôt que sur des perceptions ou des intuitions, aussi répandues soient-elles.

Le CEDPE (Centre d'Études pour le Développement et la Prévention de l'Extrémisme) est un centre de réflexion tchadien spécialisé dans l'analyse des dynamiques sociales, politiques et sécuritaires en Afrique centrale.


Source: Alwihdainfo https://urls.fr/41u8v_