Détroit d'Ormuz : Premier transit de GNL qatari depuis la guerre contre l'Iran

Dimanche 10 Mai 2026

Le pétrolier-méthanier qatari Al Kharaitiyat a franchi le détroit d'Ormuz samedi 10 mai 2026, marquant le premier transit d'un méthanier qatari depuis la fermeture effective du passage à la fin du mois de février. À son bord : du gaz naturel liquéfié à destination du Pakistan, avec l'aval discret de Téhéran. Un signal fragile mais décisif pour les marchés mondiaux de l'énergie.


Le méthanier qatari Al Kharaitiyat naviguait samedi vers le détroit d'Ormuz depuis le terminal de Ras Laffan au Qatar, en direction du port de Qasim au Pakistan, selon les données de suivi maritime de LSEG. Un passage réussi marquerait le premier transit d'un méthanier qatari à travers le détroit depuis le début de la guerre contre l'Iran.

Le navire a effectivement transité par le détroit et se trouve désormais dans le golfe d'Oman, selon les données de suivi compilées par Bloomberg. Le navire semble avoir emprunté la route nord approuvée par Téhéran, qui longe la côte iranienne à travers le détroit.

Un accord gouvernement à gouvernement, une médiation pakistanaise
Le GNL est vendu par le Qatar au Pakistan, médiateur dans la guerre, dans le cadre d'un accord gouvernement à gouvernement, selon deux sources proches du dossier. Ces mêmes sources indiquent qu'Iran a approuvé la cargaison afin de renforcer la confiance avec le Qatar et le Pakistan.
La cargaison a une importance économique et énergétique majeure pour le Pakistan, qui fait face à une crise gazière aiguë depuis l'arrêt effectif des livraisons de GNL qatari début mars, et qui importe plus de 90 % de ses besoins en GNL auprès de Doha. Si le navire atteint sa destination, il soulagerait la pénurie énergétique pakistanaise tout en testant la possibilité d'une reprise partielle du commerce de l'énergie par l'un des points de passage les plus critiques au monde.

Un détroit sous contrôle iranien depuis le 4 mars
Pour comprendre la portée de ce transit, il faut revenir au contexte. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël avaient lancé des frappes coordonnées contre l'Iran dans le cadre de l'opération Epic Fury, ciblant des installations militaires, des sites nucléaires et des responsables, entraînant la mort du Guide suprême Ali Khamenei. Le 4 mars, Téhéran avait annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz, menaçant d'attaquer tout navire tentant de le traverser. Il a depuis accordé des exceptions aux navires de pays considérés comme des « amis » de la République islamique.
Avant la guerre, environ 20 millions de barils de pétrole par jour transitaient par le détroit — soit environ 20 % du commerce maritime mondial de pétrole — ainsi que 20 % du GNL mondial. L'Europe tire 12 à 14 % de son GNL du Qatar via ce passage.
 
Deux précédents méthaniers qataris, l'Al Daayen et le Rasheeda, avaient tenté en vain de franchir le détroit le 6 avril. Les Gardiens de la révolution iraniens les avaient stoppés et intimé l'ordre de rester sur position, sans explication.

La capacité d'exportation qatarie amputée de 17 %
Des frappes iraniennes ont détruit environ 17 % de la capacité d'exportation de GNL du Qatar, avec des réparations attendues qui pourraient immobiliser 12,8 millions de tonnes par an pendant trois à cinq ans, selon le PDG de QatarEnergy, Saad Al Kaabi.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a averti que la durée de la fermeture effective du détroit d'Ormuz constitue « une incertitude clé qui affectera la demande mondiale de gaz en 2026 ». En mars, la production mondiale de GNL a chuté de 8 %, soit 4 milliards de mètres cubes par rapport à l'année précédente, provoquant une baisse de 20 % des approvisionnements mondiaux.

Un signal de dégel, pas une réouverture
Si le passage de l'Al Kharaitiyat offre des signes provisoires d'une possible reprise des flux de GNL, il est loin des niveaux d'avant-guerre d'environ trois cargaisons par jour en provenance du Golfe. Au moins deux méthaniers chargés depuis l'installation d'exportation de l'ADNOC à Abu Dhabi ont traversé le détroit depuis le début du conflit.

Le navire navigue à pleine vitesse sans indication de faire demi-tour. Son passage réussi pourrait signaler une réouverture partielle des exportations de GNL depuis le Golfe. Un cessez-le-feu est actuellement en vigueur, mais reste fragile — la Marine américaine et les Gardiens de la révolution ont échangé de brèves escarmouches depuis la trêve négociée par le Pakistan la semaine dernière.

En résumé : ce transit unique, autorisé par Téhéran dans le cadre d'un accord de confiance impliquant Islamabad comme médiateur, ne constitue pas la réouverture du détroit mais en est peut-être le premier test concluant. Pour les marchés de l'énergie, il représente un signal d'espoir dans un contexte de crise mondiale de l'approvisionnement gazier sans précédent depuis des décennies.

Sources: 
 l'Al Kharaitiyat passe
Alwihda Info
China Internet Information CenterTchadinfos
LFM
France 24
Le Matin
Tchadinfos