Conflit et prévention

Du Sahel à l’Afrique de l’Ouest, la paix ne peut être fragmentée

Dimanche 11 Octobre 2026

L’éloignement géographique ne protège ni contre les conséquences économiques d’une guerre ni contre la propagation des idéologies extrémistes.


  Dr. Ahmat Yacoub Dabio,
expert en gestion de conflits,
président du CEDPE.

Les crises du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest doivent être abordées dans une perspective régionale. L’extrémisme violent, les conflits communautaires, la circulation des armes, les déplacements forcés et les fragilités institutionnelles se renforcent parfois mutuellement.
Les réponses exclusivement militaires peuvent être nécessaires pour protéger les populations face aux attaques, mais elles ne suffisent pas à régler les causes profondes de l’instabilité.
La prévention exige également une justice accessible, des administrations crédibles, des services publics, des perspectives économiques pour les jeunes et une coopération entre les États concernés. Elle suppose aussi de donner une véritable place aux médiateurs, aux autorités traditionnelles et religieuses, aux chercheurs et aux organisations de la société civile.
Il est difficile de construire une paix durable là où les populations se sentent abandonnées, où l’impunité nourrit les frustrations et où les conflits locaux deviennent des instruments de rivalités politiques.

La communauté internationale devrait donc soutenir davantage les mécanismes de prévention, plutôt que de concentrer ses efforts sur la seule gestion des crises une fois qu’elles ont éclaté.
 
Les grandes puissances ont une responsabilité particulière.
Les États-Unis, les puissances européennes, la Russie, la Chine et les principales puissances régionales disposent d’une influence considérable sur les équilibres internationaux. Leurs décisions en matière de diplomatie, d’armement, de sanctions et de coopération économique peuvent contribuer à apaiser les tensions ou, au contraire, à les aggraver.
La politique étrangère ne devrait pas être réduite aux intérêts immédiats, aux rivalités électorales ou aux calculs de puissance. Une paix durable nécessite de la cohérence, de la prévisibilité et une volonté de dialoguer même avec les adversaires.
Il serait toutefois illusoire de faire dépendre l’avenir de la paix mondiale de l’arrivée d’un prochain président américain ou du changement de dirigeant d’une autre puissance. Les dirigeants peuvent modifier les orientations diplomatiques, mais les mécanismes de paix doivent être suffisamment solides pour résister aux alternances politiques.
La paix ne peut pas reposer sur la bonne volonté d’un seul homme. Elle doit s’appuyer sur des institutions, des engagements vérifiables et une mobilisation internationale durable.
Une mobilisation internationale pour sortir du cycle des guerres. Il est temps de replacer le règlement pacifique des conflits au centre des priorités internationales.
Cela implique notamment :
Relancer une solution politique au conflit israélo-palestinien, fondée sur les droits des deux peuples, la sécurité des populations et le respect du droit international. Prévenir une escalade entre Washington et Téhéran, en privilégiant la négociation, les garanties de sécurité et les mécanismes de désescalade. Soutenir un règlement politique au Yémen, afin de réduire les souffrances civiles et de favoriser la reconstruction. Renforcer les stratégies de prévention au Sahel et en Afrique de l’Ouest, en associant sécurité, justice, développement et dialogue local. Préserver les mécanismes multilatéraux, afin que les différends entre États disposent de voies de règlement autres que la confrontation militaire.
Cette mobilisation doit être accompagnée d’une exigence commune : aucune cause politique, aucune revendication territoriale et aucun objectif militaire ne justifie de prendre délibérément les civils pour cible.
Le monde a intérêt à choisir la paix. L’histoire du 11 septembre 2001 a démontré que les conséquences d’une crise pouvaient dépasser toutes les prévisions et atteindre des sociétés qui se croyaient éloignées du danger. L’incident du vol Flydubai, selon les éléments communiqués par les autorités émiraties, rappelle aujourd’hui que la prévention des actes terroristes demeure une responsabilité internationale.
Mais prévenir le terrorisme ne consiste pas uniquement à renforcer les contrôles et les dispositifs de sécurité. Il faut aussi combattre les idéologies violentes, poursuivre les auteurs d’attentats, protéger les populations et traiter les conflits qui alimentent durablement les ressentiments.
Le monde ne pourra pas éliminer toutes les divergences. En revanche, il peut choisir de ne pas les régler par la guerre. Il peut investir dans la médiation, faire respecter le droit international, protéger les civils et créer des perspectives politiques là où règnent le désespoir et la violence.
Le Moyen-Orient, l'Ukraine, le Yémen et le Sahel ne sont pas des dossiers séparés sans lien avec le reste du monde. Ils participent, chacun à leur manière, à un système international dans lequel l'instabilité d'une région peut entraîner des conséquences humaines, économiques et sécuritaires sur plusieurs continents.
La paix n’est ni une faiblesse ni une concession à l’adversaire. Elle est une nécessité politique, humaine et économique.
Le monde a intérêt à tourner la page des guerres interminables pour s’engager résolument sur la voie de la stabilité, de la justice et de la coopération. Car, dans un monde interdépendant, la sécurité des uns ne peut durablement se construire sur l’insécurité des autres.