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El Geneina en ligne de mire - ce qui se joue autour du château de Kadja

Vendredi 10 Juillet 2026

le Darfour bascule dans une nouvelle phase de la guerre



Cet après-midi, après plusieurs heures d'affrontements violents, les Forces de soutien rapide (FSR) auraient cédé le château de Kadjak (Khazan Kadjak) face à l'armée soudanaise et ses alliés. Un point d'eau, en apparence secondaire sur une carte militaire, mais qui prend une importance stratégique dès lors qu'il se situe sur l'axe de progression vers El Geneina, capitale du Darfour occidental et l'un des principaux bastions des FSR dans la région. Cette avancée n'est pas un fait isolé, elle s'inscrit dans une offensive de grande ampleur que l'armée soudanaise mène depuis plusieurs semaines sur ce front.
Depuis fin juin, l'armée régulière et les Forces conjointes alliées ont repris successivement Abou Srouj, Koulbous et Jebel Moun, resserrant l'étau autour d'El Geneina. Début juillet, leurs positions se trouvaient déjà à une cinquantaine de kilomètres au nord de la ville ; la reddition du château d'eau de Kadjak marque une nouvelle étape dans ce resserrement progressif. Selon la Force conjointe alliée, environ 10 000 combattants et trois divisions de l'armée participent à cette offensive. L'ampleur des effectifs mobilisés confirme qu'il ne s'agit pas d'une simple opération de harcèlement, mais d'une tentative sérieuse de reprendre le contrôle du Darfour occidental.
L'objectif affiché par Khartoum dépasse la seule prise d'El Geneina, il s'agit de couper les routes de ravitaillement des FSR en armes et en munitions en provenance du Tchad et de la Libye, et d'ouvrir un corridor entre le nord et l'ouest du Darfour. Cette stratégie s'accompagne d'un choix politique assumé. L'armée soudanaise a rejeté les propositions de médiation portées par l'envoyé américain Massad Boulos, jugées trop proches des intérêts d'Abou Dhabi, accusé par Khartoum de soutenir les FSR, et a préféré miser sur des gains militaires pour négocier, le cas échéant, en position de force plutôt qu'à la table des discussions.
Reprendre El Geneina n'aurait rien d'une victoire symbolique ordinaire. La ville porte les stigmates d'un des épisodes les plus sombres de cette guerre. Entre avril et juin 2023, les FSR et les milices janjawids alliées y ont mené une campagne de tueries ciblant spécifiquement la population masalite, une ethnie non arabe majoritaire dans la ville, faisant plusieurs milliers de morts civils, un épisode que plusieurs organisations de défense des droits humains ont qualifié de nettoyage ethnique, voire de campagne à caractère génocidaire. Des témoignages recueillis plus récemment décrivent encore des barrages tenus par les FSR sur les routes menant à la frontière tchadienne, où l'appartenance tribale des voyageurs déterminait, selon les récits recueillis, s'ils étaient exécutés, battus ou dépouillés.
C'est dans ce contexte que la progression actuelle de l'armée soudanaise prend un relief particulier. Une reprise d'El Geneina ne serait pas seulement un basculement militaire, elle rouvrirait, pour les populations qui en ont été chassées depuis 2023, largement réfugiées de l'autre côté de la frontière, dans la région tchadienne d'Adré, la question du retour dans une ville où les lignes de fracture communautaires n'ont jamais été refermées.


Ramy Haroun
Analyste, chercheur associé au CEDPE
Sahel 7