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Il a fallu près de deux ans et demi de guerre, des dizaines de milliers de morts et un pays coupé en deux pour que le chef de la junte le général Abdel Fattah al-Burhan choisisse, ce vendredi 15 août 2026, de trancher lui-même la question qui bloquait le Soudan depuis des mois. A quoi ressemblera le dialogue censé sortir le pays de la crise ? Sa réponse tient en une promesse, des garanties politiques et juridiques pour la sécurité de tous les participants, et en une méthode : un dialogue « purement soudanais soudanais », conçu à l'intérieur du pays, et non imposé depuis des capitales étrangères. Sur le papier, c'est un geste d'ouverture. Dans les faits, c'est aussi la confirmation que c'est l'homme qui contrôle les armes qui fixe, seul, les règles de la paix.
Trancher, un verbe qui en dit long. Le choix des mots mérite qu'on s'y arrête. Le chef de la junte le général Al-Burhan ne propose pas un dialogue : il en fixe le cadre, les participants autorisés et les exclus. Sont conviées les forces nationales et sectorielles qui ont soutenu l'État soudanais, son unité et ses institutions. Sont d'emblée écartés le Parti du Congrès national et l'alliance TASIS, adossée aux Forces de soutien rapide (FSR) du général Hemetti, son adversaire dans cette guerre depuis avril 2023.
Une amnistie a certes été promise aux combattants rebelles disposés à déposer les armes, mais elle est conditionnelle, et elle s'adresse à des vaincus, pas à des partenaires de négociation. Je crois que ce n'est donc pas un dialogue entre belligérants, c'est un dialogue organisé par le vainqueur militaire du moment, pour dessiner l'après-guerre à ses conditions. Dr. Ahmat YAcoub Dabio.
Cette manière de « trancher » intervient après l'échec, fin juillet à Addis-Abeba, de la médiation portée par le Quintet, Nations unies, Union africaine, Union européenne, IGAD et Ligue arabe, qui n'est pas parvenu à réunir les factions soudanaises autour d'une architecture commune.
En insistant sur un processus purement soudanais, Al-Burhan ne fait pas que revendiquer une souveraineté légitime sur le sort de son pays. Il se donne aussi le beau rôle de celui qui réussit là où la communauté internationale a échoué, tout en s'assurant qu'aucun arbitre extérieur ne viendra contester sa version du dialogue. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur.
A qui profite une union nationale ? Le principal front civil d'opposition, l'Alliance civile démocratique dite Somoud, a d'ailleurs déjà exprimé des réserves sur la mise en place des comités préparatoires de ce dialogue. Ses dirigeants n'ont pas pleinement rejoint les consultations menées les semaines précédentes, malgré des promesses de mesures d'apaisement, dont la levée de restrictions empêchant certains responsables de l'alliance de participer depuis l'intérieur du pays. Ce scepticisme n'a rien d'anecdotique, il rappelle que la légitimité d'un dialogue national ne se décrète pas depuis un communiqué du chef des armées, elle se construit avec l'adhésion réelle, et non contrainte, des forces politiques qu'il prétend représenter.
En effet, les garanties « politiques et juridiques » promises par Al-Burhan pour la sécurité des participants sont, en creux, un aveu : elles n'auraient aucune raison d'être annoncées si la confiance existait déjà entre le pouvoir militaire et une partie de la classe politique soudanaise. Dans un pays où la guerre a vidé les mots de leur sens habituel, promettre la sécurité de ceux qui accepteront de venir parler n'est pas un détail : c'est la reconnaissance implicite que le climat, aujourd'hui, ne l'autorise pas spontanément. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur.
Le double jeu de la réconciliation en temps de guerre. Il faut se garder de l'excès inverse, qui consisterait à balayer d'un revers de main toute initiative de dialogue au seul motif qu'elle vient d'un chef militaire. Un pays en guerre a besoin, à un moment ou à un autre, que quelqu'un propose un cadre, fût-il imparfait.
La question n'est donc pas de savoir si Al-Burhan a raison de vouloir un dialogue national, la réponse est probablement oui, le Soudan ne sortira pas de cette guerre par les seules armes. La question est de savoir à quel dialogue on invite ? une refondation inclusive du contrat politique soudanais, ou une mise en scène destinée à légitimer, sous le vocable de la réconciliation, un pouvoir militaire qui a déjà choisi ses interlocuteurs et écarté ses adversaires les plus embarrassants. Ramy Haroun Analyste, chercheur.
Tant que le PCN et l'alliance Tasees resteront à la porte, tant que Somoud hésitera à s'y associer pleinement, tant que l'amnistie restera un outil de reddition plutôt qu'un geste de réconciliation mutuelle, ce dialogue portera la marque de son origine : celle d'un homme qui, les armes ayant fait leur œuvre sur le terrain, cherche maintenant à consolider par les mots ce qu'il a gagné par la force. Reste à savoir si le peuple soudanais, épuisé par vingt-huit mois de guerre, aura les moyens d'exiger que ce dialogue soit le sien, et non simplement celui d'Al-Burhan.
Sarah H. Salmane
Analyste, chercheure associée au CEDPE
Sahel 7
www.centrerecherche.com
Sarah H. Salmane
Analyste, chercheure associée au CEDPE
Sahel 7
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