Un scénario qui se rejoue, identique, chaque année. Quelles sont les solutions?
Chaque saison des pluies, les tchadiens assistent, impuissants, aux mêmes images qui font le buzz. Des rues transformées en cours d'eau, des quartiers coupés du reste de la ville, des familles réfugiées sur des sites de fortune. Le précédent le plus marquant reste 2022, où pendant trois années consécutives d'inondations sans précédent, la capitale a vu tous ses arrondissements touchés, affectant près de 350 000 personnes rien qu'à N'Djamena et près de deux millions à l'échelle nationale, avec 359 structures de santé détruites ou submergées. Et pourtant, année après année, l'État injecte des milliards de francs CFA dans des campagnes de curage des caniveaux, pour aboutir, la saison suivante, exactement au même résultat.
Un cycle de déclarations qui se répète autant que les inondations
Le scénario administratif est devenu aussi prévisible que la météo elle-même. Au printemps, la mairie réunit les entreprises retenues pour le curage ; les autorités communales et ministérielles promettent de « prendre toutes les dispositions préventives » pour que cela n'arrive plus jamais ; les premières pluies arrivent ; les mêmes quartiers (Walia, Ngueli, Kabé, N'Djari) repartent sous les eaux.
Ce n'est pas un hasard météorologique répété par malchance, c'est la preuve que la réponse apportée chaque année n'est pas à la hauteur du problème qu'elle prétend résoudre. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur au CEDPE.
Mais, la question qui se pose, pourquoi le curage seul ne réglera jamais rien ?
Le diagnostic technique, lui, est largement documenté et ne fait pas débat parmi les spécialistes de l'urbanisme tchadien. N'Djamena cumule plusieurs facteurs aggravants : une urbanisation non planifiée avec occupation anarchique de zones pourtant identifiées comme à risque, une gestion défaillante des déchets ménagers qui obstrue les canaux, un réseau de drainage vieillissant et sous-dimensionné, et une situation géographique particulière.
La ville est construite dans une cuvette, au confluent du Chari et du Logone. Dans ce contexte, le curage des caniveaux, aussi nécessaire soit-il, revient à écoper un bateau qui prend l'eau plutôt qu'à colmater la brèche. Il traite un symptôme visible sans s'attaquer à l'absence structurelle d'un système intégré de drainage à l'échelle de la ville, de bassins de rétention, ou d'un véritable plan d'aménagement à long terme.
"Il serait injuste de prétendre que rien n'a jamais été tenté. Le projet PILIER (Projet intégré pour la lutte contre les inondations et la résilience urbaine), financé avec l'appui de la Banque mondiale, mène depuis 2026 des campagnes de curage mécanique plus systématiques. Le Plan National de Développement « Tchad Connexion 2030 » prévoit, sur le papier, la mobilisation de 30 milliards de dollars pour l'ensemble des infrastructures du pays. Des digues ont été construites après les inondations de 2022". H.S. Agent du ministère de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme.
Mais ces initiatives restent, par nature, ponctuelles et réactives. Une réhabilitation de voirie après chaque saison ne remplace pas un plan d'aménagement urbain contraignant, et une opération de curage, aussi bien exécutée soit-elle, ne remplace pas un réseau de drainage dimensionné pour la ville que N'Djamena est réellement devenue, près de deux millions d'habitants aujourd'hui, contre une fraction de ce chiffre au moment de la conception des infrastructures existantes. R. Idriss, agent communal, N'Djamena.
Il n'est pas si difficile de trouver des exemples de villes qui ont mis en place des infrastructures réduisant réellement la menace de l'eau. Les exemples les plus solides se trouvent ailleurs, parfois tout près de N'Djamena :
"Le point commun de ces expériences n'est pas la sophistication technologique. Les solutions techniques elles-mêmes sont connues de longue date, mais la volonté politique de les financer dans la durée et de les faire respecter, y compris quand cela suppose des décisions impopulaires comme le déplacement de constructions en zone inondable". Conseiller à la primature
Il n'y a pas de solution miracle, mais il y a des priorités claires, régulièrement documentées par les urbanistes qui travaillent sur la question :
Tant que la réponse à l'inondation restera une opération de communication annuelle plutôt qu'un chantier d'infrastructure pluriannuel, sincèrement financé et transparent dans son exécution, les mêmes images continueront de faire le tour des réseaux sociaux chaque année, et les mêmes promesses continueront, elles aussi, de se répéter, identiques, la saison suivante. R. Idriss, agent communal, N'Djamena.
Sara H. Salmane et Ramy Haroun
Analystes, Chercheurs associés au CEDPE
Sahel7
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