Par Dr. Ahmat Aycoub Dabio
Expert en Gestion de Conflts
Président du Centre d'études pour le développement
et la prévention de l'extrémisme - CEDPE
yacoubahmat0@gmail.com
La défaite électorale du camp républicain révèle un enseignement politique majeur. L’Amérique a démontré qu’une partie importante de l’électorat américain ne souhaite plus voir son pays s'engager dans des guerres extérieures coûteuses et meurtrières. La guerre contre l'Iran semble avoir contribué à ce désaveu électoral, traduisant une évolution de l'opinion publique américaine face aux conflits internationaux.
L'époque où les guerres en Irak, en Afghanistan et contre l'État islamique suscitaient un large mouvement de rassemblement des Américains autour de leurs dirigeants semble progressivement révolue. La société américaine paraît aujourd'hui plus ouverte aux réalités d'un monde qu'elle connaissait autrefois essentiellement à travers le prisme de ses propres intérêts stratégiques. Elle semble également plus attentive aux conséquences humaines, économiques et politiques des interventions militaires à l'étranger.
Il faut reconnaître un élément particulièrement significatif : Donald Trump et son vice-président, J.D. Vance, ont tous deux reconnu la victoire démocrate et admis que la guerre contre l'Iran constituait l'une des principales causes du revers électoral républicain. Il convient de leur reconnaître une certaine franchise et le courage politique d'assumer publiquement cette réalité, même si cette reconnaissance ne signifie pas nécessairement qu'ils admettent une défaite politique générale de leur camp.
Toutefois, Téhéran aurait tort de considérer cette victoire démocrate comme une victoire stratégique de l'Iran sur les États-Unis. Sur la question nucléaire, les Américains restent largement attachés à un objectif commun : empêcher l'Iran d'acquérir l'arme atomique. C'est essentiellement sur les moyens d'atteindre cet objectif que les divergences apparaissent. Certains privilégient la pression militaire et les sanctions, tandis que d'autres considèrent que la diplomatie et la négociation offrent une meilleure perspective de règlement.
L'Iran doit donc prendre au sérieux les menaces de Donald Trump et saisir cette période pour rechercher une issue diplomatique crédible. Il lui appartient de prendre des initiatives suffisamment convaincantes pour rassurer la communauté internationale sur la nature de son programme nucléaire et contribuer à créer les conditions d'une désescalade. À défaut, la tentation de se doter de l'arme nucléaire pour placer le monde devant le fait accompli, à l'image de la Corée du Nord, pourrait être évoquée par certains courants à Téhéran. Mais une telle option comporterait des risques considérables et pourrait provoquer une nouvelle course aux armements dans la région.
En attendant de voir le lion blessé se relever, l'Iran aurait intérêt à profiter de cette période de convalescence politique américaine pour réunir toutes les conditions d'une sortie de crise crédible et durable.
Car une victoire électorale des démocrates ne signifie pas la fin de la confrontation entre Washington et Téhéran. Elle pourrait toutefois offrir une occasion de repenser les moyens de sortir d'un conflit dont les conséquences dépassent largement les frontières des deux pays.
Le véritable vainqueur serait finalement celui qui saurait transformer cette occasion politique en une perspective de paix durable pour la région et pour le monde.