L'attaque terroriste au Tchad: Un niveau de renseignement impliquant des complicités internes

Jeudi 7 Mai 2026

Le Tchad se bat sur deux fronts simultanément : à l'est, la frontière soudanaise sous tension avec les flux de réfugiés et les incursions armées ; au lac, une guerre d'usure contre des factions jihadistes aguerries.


La méthode employée à Barka Tolorom, sabotage préalable, assaut de nuit, incursion transfrontalière, révèle une connaissance fine du dispositif militaire tchadien. Ce niveau de renseignement implique soit des complicités internes, soit une surveillance prolongée des habitudes de la garnison, soit les deux. Aucune des deux hypothèses n'est rassurante.
 
Le Tchad se bat sur deux fronts simultanément : à l'est, la frontière soudanaise sous tension avec les flux de réfugiés et les incursions armées ; au lac, une guerre d'usure contre des factions jihadistes aguerries. La force multinationale mixte (FMM), censée coordonner la riposte régionale avec le Nigeria, le Cameroun et le Niger, ne parvient pas à faire disparaître les sanctuaires insulaires. La spirale Barka Tolorom n'est pas un accident, c'est le symptôme d'une architecture sécuritaire régionale structurellement insuffisante. 

Il est regrettable que les autorités tchadiennes misent essentiellement sur l’option militaire pour faire face aux groupes terroristes, alors qu’il est nécessaire d’adopter, en parallèle, d’autres approches stratégiques, notamment la prévention, qui peut contribuer à réduire durablement les risques liés au terrorisme.

Le processus de DDRR
Le 13 août 2020, le Centre d’Études pour le Développement et la Prévention de l’Extrémisme (CEDPE) www.centrerecherche.com a remis à Mme la ministre de la Femme ainsi qu’à M. Djimet Arabi, ministre de la Justice, garde des Sceaux, chargé des droits humains et président du comité interministériel chargé du DDRR, une base de données collectée à la suite d’une mission de profiling menée dans la région du Lac Tchad.

Cette documentation, riche d’environ 16 000 pages, devait servir de support au processus de réinsertion socioprofessionnelle des désengagés. Malheureusement, elle n’a toujours pas permis de faire avancer significativement le programme. L’un des principaux obstacles demeure l’absence d’un statut juridique clair pour les désengagés, ce qui freine considérablement le financement et la mise en œuvre effective du processus de DDRR.

C’est dans cette perspective que le CEDPE, soucieux de contribuer à l’avancement du programme, a élaboré un projet axé sur la « Stabilisation et le renforcement de la résilience des populations de la province du Lac » (SRRP-PL).
Ce projet devrait bénéficier à environ 120 000 personnes, dont 12 000 bénéficiaires directs comprenant :
les victimes,
les réfugiés,
les retournés,
les désengagés,
ainsi que les populations autochtones.

La mise en œuvre concernera cinq localités de la province du Lac :
2 000 bénéficiaires dans le département de Mamdi,
1 500 à Fouli,
1 500 à Kaya,
1 500 à Wayi,
et 1 500 à Koulkimé/Doum-Doum.

Au-delà de la réponse sécuritaire, ce type d’initiative illustre l’importance d’une approche intégrée combinant sécurité, prévention, réinsertion et développement local afin de traiter les causes profondes de l’extrémisme violent.