Sous la loupe

LE OUADDAÏ A-T-IL ÉTEINT LE BAGUIRMI ?

Lundi 15 Juin 2026

Les responsables politiques, administratifs, intellectuels et communautaires ont à cet égard une responsabilité particulière. Ils doivent éviter de se réfugier derrière des discours ambigus ou des provocations susceptibles de raviver les tensions et de remuer inutilement le couteau dans la plaie. Les paroles ont un poids, surtout lorsqu'elles sont prononcées par des personnalités influentes.



L'histoire doit être un instrument de connaissance et de réconciliation, non un outil de division.
 
Les Tchadiens doivent accepter leur histoire telle qu'elle est, avec ses grandeurs, ses victoires, ses rivalités et parfois ses tragédies. L'histoire nationale constitue un patrimoine commun qui appartient à tous. Aucun citoyen d'aujourd'hui n'est responsable des actes, bons ou mauvais, commis par ses ancêtres. En revanche, nous avons tous le devoir de connaître cette histoire, d'en être fiers lorsqu'elle est source de grandeur, d'en tirer les leçons lorsqu'elle révèle des erreurs, et surtout de la transmettre aux générations futures avec honnêteté et objectivité.
Une histoire totalement pure n'existe dans aucun pays. Toutes les nations ont connu des conflits, des guerres, des conquêtes et des périodes de domination. Ce qui importe aujourd'hui, ce n'est pas de raviver les blessures du passé, mais de comprendre les faits historiques dans leur contexte afin de construire un avenir commun.
C'est pourquoi le moment est venu de réécrire et d'enseigner l'histoire du Tchad avec rigueur scientifique, sans haine, sans calcul politique, sans esprit de revanche et sans parti pris communautaire. L'histoire doit être un instrument de connaissance et de réconciliation, non un outil de division.
Les responsables politiques, administratifs, intellectuels et communautaires ont à cet égard une responsabilité particulière. Ils doivent éviter de se réfugier derrière des discours ambigus ou des provocations susceptibles de raviver les tensions et de remuer inutilement le couteau dans la plaie. Les paroles ont un poids, surtout lorsqu'elles sont prononcées par des personnalités influentes.
La sagesse politique consiste parfois à privilégier le dialogue, le compromis et la coexistence plutôt que l'affrontement permanent. Les relations internationales nous offrent de nombreux exemples où des États choisissent la négociation et la recherche d'intérêts communs afin d'éviter des conflits coûteux pour leurs populations.
Depuis plusieurs décennies, le Tchad est confronté à une fragmentation du tissu social et à une recrudescence préoccupante des violences intercommunautaires. Cette situation ne peut être dissociée de certains discours identitaires ou historiques utilisés pour opposer les citoyens les uns aux autres. Lorsqu'ils ne sont ni condamnés ni encadrés, ces discours finissent par nourrir la méfiance, la frustration et parfois la violence.
Pourtant, la réalité quotidienne est tout autre. Les communautés héritières des grands royaumes historiques du Tchad, qu'il s'agisse du Ouaddaï, du Baguirmi, du Kanem-Bornou ou d'autres entités qui ont marqué l'histoire du pays, vivent aujourd'hui ensemble, entretiennent des relations sociales, économiques et familiales étroites et partagent un même destin national. Elles ont davantage intérêt à valoriser leur héritage commun qu'à écouter ceux qui tentent de ressusciter les querelles d'un autre âge.
Le véritable défi n'est donc pas de savoir quel royaume a vaincu ou dominé un autre à une époque donnée. Le véritable défi est de construire un Tchad où chaque citoyen se reconnaît dans l'histoire nationale, où la diversité est perçue comme une richesse et où le passé sert à renforcer l'unité plutôt qu'à justifier les divisions.
L'histoire doit éclairer le chemin de l'avenir, non devenir une arme dirigée contre nos propres concitoyens.
 
Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Ancien Conseiller chargé de Mission du Médiateur de la République
Expert en gestion de crises complexes et interdépendantes
Président du Centre d'Etudes pour le Développement et la Prévention de l'Extrémisme (CEDPE)

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