La France doit réévaluer sa politique africaine avant qu'il ne soit trop tard. (Dr. Ahmat Yacoub Dabio à Dja FM)

Dimanche 10 Décembre 2023

La France doit se rendre compte que sa politique africaine est un échec total et le sentiment anti-français en Afrique francophone est une réalité puisqu’elle s’est éloignée de la société civile objet de répression des régimes dictatoriaux qu’elle a soutenus ou qu’elle continue de soutenir (...) La France a intérêt de réévaluer sa politique africaine et tirer les conséquences avant qu’il ne soit trop tard, car le temps où il faut maintenir des contingents étrangers en Afrique est révolu.


Le retrait annoncé hier par Macron des forces françaises stationnées au Niger ne constitue pas en réalité une surprise pour les experts qui suivent le dossier. Si les Etats-Unis ont refusé dès le début de la crise de soutenir la position de la France, c’est par expérience. Lorsqu’ils ont compté par le passé sur la France en RCA, au Mali et au Burkina, ils ont fini par se rendre compte que non seulement l’occident a perdu de terrain, mais ils l’ont cédé à la milice russe Wagner. Mais au-delà du retrait qui était prévisible, quelle leçon pourra-t-elle tirer la France ? À mon avis, la France doit se rendre compte que sa politique africaine est un échec total et le sentiment anti-français en Afrique francophone est une réalité puisqu’elle s’est éloignée de la société civile objet de répression des régimes dictatoriaux qu’elle a soutenus ou qu’elle continue de soutenir. Et puis, on ne peut pas condamner le coup d’état au Niger et fermer les yeux sur celui du Gabon. La France a intérêt de réévaluer sa politique africaine et tirer les conséquences avant qu’il ne soit trop tard, car le temps où il faut maintenir des contingents étrangers en Afrique est révolu.
 
Bien sûr que oui, le coup d’état toléré par la communauté internationale encouragera sans doute la reproduction ailleurs tout en sachant que les coups d’état que l’Afrique francophone a vécus depuis les années soixante n’ont produit que désordre, détournement, corruption, dictature et le maintien de ces pays dans la pauvreté, les maladies, l’ignorance.. Bref le sous-développement total.
 
Concernant votre question sur la transition au Tchad, je peux me permettre de dire que l’espoir que nous avons affiché au début sur la transition est en train de dissiper et nous souhaitons que les autorités de la transition se ressaisissent pour remédier aux erreurs et réorienter le pays vers la bonne direction. 
Il y a cinq priorités : la lutte contre la corruption, le respect de la liberté d’expression, la réconciliation nationale suivie de DDR, l’électricité et l’organisation des élections libres et transparentes. Sur ces cinq sujets, les Tchadiens sont impatients voire intraitables. J’avoue que sur la réconciliation et le DDR, notre Centre a toujours apporté sa contribution à la demande des institutions étatiques.