La coalition rebelle a pris d'assaut une garnison de l'armée soudanaise au nord de Kurmuk.

Mardi 28 Avril 2026

L'avancée rapide permet aux rebelles d'étendre leurs positions plus profondément dans le Nil Bleu.


Une coalition de rebelles soudanais s'est emparée dimanche d'une autre garnison des Forces armées soudanaises (FAS), un mois après avoir occupé la ville frontalière clé de Kourmuk, selon des preuves vidéo examinées et géolocalisées par Sudan War Monitor.

La garnison, située dans la ville d’Al-Keili, se trouve à l’est de la route Kurmuk–Damazin et faisait partie des sites défensifs avancés restés sous contrôle de l’armée après la chute de Kourmuk fin mars.

Cette petite localité stratégique fait partie de la localité de Kourmuk, dans le sud du Nil Bleu, et se trouve à environ 33 kilomètres au nord de la ville de Kourmuk, le siège du quartier, et à environ 30 kilomètres au sud-est de Dindiro, une autre zone clé le long de la route qui reste sous contrôle de l'armée soudanaise.

Ce nouveau développement place la coalition de l’Alliance fondatrice du Soudan (Taasis) — dans le sud du Nil Bleu.

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux des FSR montrent des combattants armés à l’intérieur et autour de la garnison. Un extrait géolocalisé par Sudan War Monitor place des éléments rebelles au cœur de l’installation militaire ici ; 10°51'0,32"N 34°18'54,51"E.

Une seconde vidéo, filmée ici à 10°51'0.66"N 34°19'7.92"E, montre des combattants célébrant la victoire. Toutes les images vérifiées par S-udan War Monitor correspondent à ce même endroit, sans preuve de combats en cours, indiquant que le site était déjà tombé au moment du tournage.

Les combattants visibles dans les images semblent appartenir aux Forces de Soutien Rapide (FSR), d’après leurs uniformes, les signes des véhicules et les identifiants. Bien que l’opération soit officiellement menée sous l’égide de l’alliance Taasis — qui inclut également le Mouvement de libération populaire du Soudan, Nord (SPLM-N), aucune unité du SPLM-N n’est visible dans les documents vérifiés du site.

Dans un communiqué, les FSR ont annoncé avoir pris le contrôle de la localité après avoir infligé de lourdes pertes dans les rangs de l'armée soudanaise. Selon le communiqué, les FSR disent avoir forcé le reste des forces à se retirer après la destruction ou la saisi d'un important matériel militaire. Les FSR présentaient cette avancée comme une étape stratégique visant à étendre leur contrôle dans la région et à poursuivre les opérations contre les positions restantes de l’armée.

« Les forces de l’Alliance Taasis dans la région du Nil Bleu ont remporté des victoires qualitatives. Nos forces ayant réussi à briser l’épine dorsale de l’armée du groupe terroriste des Frères musulmans et à infliger de lourdes défaites à ses éléments et mercenaires, lors des batailles décisives d’aujourd’hui, samedi, qui se sont terminées par le contrôle total de la zone stratégique d'« Al-Keili » dans l’État du Nil Bleu (...) Les opérations militaires et les victoires sur le terrain représentent un changement important dans le théâtre d’opérations et une étape stratégique qui progresse avec assurance pour mettre fin à la domination des groupes terroristes et la défaite de leur projet destructeur (...) Lors des batailles d’aujourd’hui, les héros de nos forces ont fait preuve de courage et d’audace, infligeant de lourdes pertes à l’ennemi tant en vies humaines qu’en équipement, avec un grand nombre de leurs éléments tués ou capturés, tandis que les derniers survivants fuyaient, laissant derrière eux une importante quantité d’armes et d’équipements militaires, permettant à nos forces d’imposer un contrôle total sur la zone, » indique le communiqué des RSF.

Les Forces armées soudanaises, d’une autre part, n’ont émis aucune déclaration en réponse au moment de la publication.

Le SPLM-Nord, l’autre partenaire de l’alliance, n’a publié aucune déclaration concernant la chute de la garnison et n’apparaît pas sur le terrain.

Dans l’après-midi, après le contrôle d’Al-Keili, les RSF ont diffusé une vidéo montrant des individus identifiés comme soldats du SPLM-Nord accueillant un commandant déserteur de la faction SPLM-N dirigée par Malik Agar, qui est adjoint du chef de l’armée Abdeltattah al-Burhan au Conseil souverain de transition.

Cependant, les images ne montrent pas d’éléments du SPLM-Nord participant à des opérations de combat dans la garnison, et aucun document vérifié n’a été révélé les plaçant en première ligne lors de l’assaut.

Une explication à l’absence du SPLM-N dans les images de combat est que ses unités ont pu adopter une posture médiatique discrète malgré une possible participation aux côtés des RSF sur le terrain.

Cependant, des sources précédentes s’adressant au Sudan War Monitor ont indiqué que l’implication du SPLM-N dans les opérations récentes a été limitée, invoquant des désaccords sur la distribution des armes au sein de l’alliance.

Selon ces récits, les RSF ont conservé le contrôle de la majorité des armes lourdes et n’ont pas fourni aux unités du SPLM-N la même qualité. Cette dynamique a renforcé la position des RSF en tant que force dominante au sein de l’alliance Taasis.

Les unités des RSF ont mené les principales attaques, contrôlé les lignes d’approvisionnement et maintenu l’accès au soutien logistique externe, notamment depuis les Émirats arabes unis et des pays voisins comme le Tchad et l’Éthiopie. En revanche, le SPLM-N semble fonctionner de manière plus limitée, soit par choix, soit en raison de limitations d’équipement et de coordination.

La chute de la garnison intervient après celle de Kourmuk le 23 mars, lorsque les forces rebelles ont pris le dessus sur les positions de l'armée soudanaise, le long de la frontière éthiopienne, marquant la première percée majeure sur le front du Nil Bleu. Cette opération força les unités de l'armée soudanaise à se replier vers le nord le long de la route Kurmuk–Damazin, abandonnant leur équipement et laissant plusieurs positions avancées exposées.

Carte : Les rebelles soudanais submergent la garnison de l’armée à la frontière éthiopienne
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Depuis, les forces rebelles ont continué d’avancer sur cet axe. La prise de la position au nord de Kourmuk indique que l'armée n’a pas réussi à rétablir une ligne défensive stable après son retrait. 

Géographiquement, l’offensive reste étroitement liée à la frontière éthiopienne. Kourmuk et ses environs se trouvent à seulement quelques kilomètres de la région de Benishangul-Gumuz en Éthiopie, où la milice des FSR et ses alliés ont déjà établi une présence logistique et d’entraînement. Cette proximité a permis un mouvement soutenu de forces et de matériel à travers la frontière.

La direction de l’avance — au nord de Kourmuk — est cohérente avec les évaluations antérieures selon lesquelles l’offensive serait menée du côté éthiopien plutôt que de plus profondément à l’intérieur du Nil Bleu. L’axe privilégie les positions militaires clés le long du réseau routier principal plutôt que les petites colonies.

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Traduction de la version anglaise