La raffinerie Dangote en première ligne d’un basculement énergétique africain, en raison de la fermeture du Détroit d’Ormuz :

Mercredi 1 Avril 2026

Détroit d’Ormuz, la raffinerie Dangote en première ligne d’un basculement énergétique africain


La fermeture ou même la perturbation du détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce mondial des hydrocarbures, a des effets immédiats bien au-delà du Golfe. En Afrique, elle agit comme un accélérateur de recomposition énergétique, dont la principale bénéficiaire apparaît à être la Dangote Refinery du Nigéria. Le détroit d’Ormuz assure le transit d’une part significative du pétrole mondial. Sa fermeture entraîne une contraction brutale de l’offre sur les marchés internationaux, une hausse des prix du brut et des produits raffinés, une désorganisation des circuits d’approvisionnement traditionnels, mais une aubaine pour le milliardaire nigérian.

Dans ce contexte, les importateurs africains, historiquement dépendants des produits raffinés en provenance du Moyen-Orient, sont contraints de réorienter leurs sources d’approvisionnement et Dangote est l’alternative régionale stratégique. C’est dans ce vide que s’impose la raffinerie Dangote, plus grande infrastructure de raffinage en Afrique, située au Nigeria.

Le détroit d’Ormuz a provoqué une sorte d’afflux de nouvelles commandes régionales en carburants raffinés (essence, diesel, kérosène) et offre à ce pays africain un repositionnement comme hub énergétique continental. Le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Des pays d’Afrique de l’Ouest, mais aussi d’Afrique centrale, cherchent désormais à sécuriser leurs approvisionnements auprès de cette infrastructure, jugée plus accessible et moins exposée aux risques géopolitiques du Golfe. Cette dynamique révèle plutôt une opportunité stratégique pour l’Afrique à savoir la relocalisation partielle des chaînes d’approvisionnement énergétiques qui offre plusieurs avantages :
- Réduction de la dépendance vis-à-vis des importations lointaines;
- Baisse relative des coûts logistiques (à moyen terme);
- Renforcement de l’intégration énergétique régionale.

Pour le Nigeria, cela signifie des recettes accrues, une influence géoéconomique renforcée et une capacité à peser sur les équilibres énergétiques africains.
Mais des limites structurelles persistent, car, malgré cette opportunité, plusieurs défis demeurent dans la capacité à répondre à une demande continentale massive et à faire face à des contraintes logistiques (transport, stockage, distribution), sans parler de la volatilité des prix du brut et la dépendance persistante aux importations de certains intrants. Autrement dit, Dangote ne peut pas, à elle seule, compenser un choc global durable.

Stratégiquement, la montée en puissance de la raffinerie Dangote dans ce contexte illustre un phénomène plus large : les crises internationales redistribuent les cartes économiques régionales et l’Afrique, souvent perçue comme victime des chocs externes, peut aussi en devenir un acteur d’ajustement, voire un bénéficiaire partiel.

Enfin, force est de reconnaître que la saturation du carnet de commandes de la raffinerie Dangote n’est pas un simple effet conjoncturel. Elle révèle une transformation plus profonde sur le basculement progressif vers une souveraineté énergétique africaine relative. Mais cette opportunité ne sera durable que si elle s’accompagne d’investissements dans les infrastructures d’une coordination régionale et d’une stratégie énergétique continentale cohérente. Sans cela, le choc d’Ormuz restera une opportunité manquée plutôt qu’un tournant structurant.

Par Bradley Isabelle,
analyste politique,
spécialiste du Corne de l'Afrique, 
Chercheure associée au CEDPE - 
note confidentielle