Aujourd’hui, une nouvelle bataille économique mondiale est en train de se dessiner. Cette bataille porte sur la maîtrise et la valorisation du patrimoine génétique mondial.
L’Afrique doit prendre conscience qu’elle détient l’une des plus grandes richesses biologiques de la planète . Cette richesse n’est pas seulement constituée de ses terres, de ses forêts ou de ses espèces végétales et animales. Elle réside également dans l’immense diversité génétique accumulée au fil des millénaires par l’évolution naturelle et par les pratiques agricoles traditionnelles de nos populations.
Cette biodiversité ( florale et faunique, ) représente désormais un enjeu économique, scientifique et géopolitique majeur
L’agriculture moderne se gagne désormais dans les laboratoires . Ce ne sont pas les statistiques du nombre de tête de bétail ou des hectares de terres agricoles qui nourrissent un peuple mais les produits alimentaires et les bénéfices que ces potentialitès apportent
Pendant longtemps, la productivité agricole dépendait essentiellement de la qualité des sols, de la disponibilité de l’eau et du travail des agriculteurs.
La compétitivité agricole mondiale repose de plus en plus sur la recherche scientifique, la génétique végétale, les biotechnologies et la maîtrise des semences améliorées.
Les pays qui dominent les marchés agricoles investissent massivement dans les laboratoires de recherche, les banques de gènes, le séquençage génétique et l’amélioration variétale. Les gains de rendement, la résistance aux maladies, l’adaptation aux changements climatiques et même certaines qualités nutritionnelles sont désormais largement déterminés par les avancées scientifiques
L ’agriculture du futur se prépare davantage dans les centres de recherche que dans les champs.
L’Afrique possède l’une des biodiversités les plus riches du monde, mais elle demeure marginale dans la production des connaissances scientifiques qui permettront de valoriser cette richesse
Dans de nombreux pays africains, les budgets consacrés à la recherche scientifique restent très faibles. Les laboratoires spécialisés sont insuffisants, les chercheurs manquent de moyens et les programmes de conservation génétique demeurent limités.
Cette situation rappelle étrangement celle que nous avons connue avec les ressources minières.
Le risque silencieux de la biopiraterie est un
danger mérite toute notre attention.
De nombreuses plantes africaines possèdent des propriétés encore insuffisamment étudiées. Elles peuvent contenir des gènes ou des molécules d’un intérêt considérable pour l’agriculture, la médecine ou l’industrie.
Demain, nous pourrions être amenés à acheter à prix élevé des innovations développées à partir de notre propre patrimoine naturel
Face à ces enjeux, l’Afrique doit inscrire la souveraineté génétique au rang de ses priorités stratégiques.
Cette souveraineté passe par plusieurs actions concrètes.
D’abord, il faut inventorier systématiquement les ressources génétiques du continent. Nous ne pouvons protéger que ce que nous avons et nous connaissons.
Ensuite, chaque pays devrait disposer de banques nationales de gènes et de semences capables de conserver durablement son patrimoine biologique.
Il est également indispensable d’investir davantage dans les universités, les centres de recherche et les laboratoires spécialisés en génétique, en biotechnologie et en bio-informatique
La formation d’une nouvelle génération de chercheurs africains doit devenir une priorité absolue. Les femmes doivent être dans la filiere des recherches fondementales et appliquèes en génétique
Une opportunité historique pour l’Afrique
Le changement climatique confère une importance encore plus grande au patrimoine génétique africain. Les espèces végétales et animales qui sont èteintes ne reviendront jamais. Une perte inestimable et irreparable pour l'humanitè
De nombreuses espèces végétales africaines ont développé des capacités exceptionnelles de résistance à la sécheresse, aux températures élevées et à des conditions environnementales difficiles.
Dans un monde confronté à des bouleversements climatiques majeurs, ces caractéristiques deviennent extrêmement précieuses.
Les gènes qui permettent aujourd’hui à certaines plantes africaines de survivre dans des environnements hostiles pourraient demain contribuer à nourrir une partie importante de l’humanité.
Cette réalité confère au patrimoine génétique africain une valeur stratégique comparable à celle des minerais critiques.
L’enjeu dépasse largement les frontières nationales.
L’Afrique gagnerait à lancer une grande initiative continentale sous l’égide de l’Union africaine.
Cette initiative pourrait notamment viser :
La création d’une Banque africaine des ressources génétiques ;
La mise en réseau des instituts de recherche ;
* la constitution d’un Fonds africain pour les biotechnologies ;
L’harmonisation des cadres juridiques de protection du patrimoine génétique ;
Le développement d’une industrie africaine des semences et des biotechnologies.
L’Afrique est aujourd’hui à la croisée des chemins.
Soit elle demeure spectatrice de la révolution génétique mondiale et risque de reproduire les erreurs du passé.
Soit elle décide d’investir dans la science, la recherche et l’innovation afin de transformer son extraordinaire patrimoine biologique en moteur de développement économique et social. Soit elle sera condamnèe à envier les autres peuples et continents
L’histoire nous enseigne que les nations qui maîtrisent les technologies stratégiques façonnent leur propre destin.
Après l’âge du fer, du pétrole, du silicium et des minerais critiques, le XXIᵉ siècle pourrait bien être celui de la génétique.
L’Afrique ne peut pas se permettre d’en être absente. Le train de la technologie et de l'innovation n'attendra pas les retardataires
Зака
Centre tchadien d’études stratégiques et de recherche prospective Think Global et Act Smarter