L’alliance rebelle soudanaise est ostracisée par les gouvernements occidentaux et fréquemment condamnée, mais elle est loin d’être isolée régionalement. Cinq des sept pays frontaliers du Soudan permettent désormais aux rebelles d’opérer sur leur territoire.
Depuis le début de la guerre en 2023, le Tchad, le Soudan du Sud, la République centrafricaine et la Libye (LNA) servent tous de conduits pour les armes, le carburant et les recrues vers le territoire rebelle au Soudan, les Émirats arabes unis (EAU) agissant comme financeurs, organisateurs et fournisseurs d’armes avancées.
Aucun de ces voisins n’est ouvertement hostile, mais ils ont tous combattu le gouvernement soudanais à des époques précédentes, soit directement, soit par l’intermédiaire de mandataires. Désormais, un mélange d’incitations économiques, de considérations stratégiques et de griefs historiques les a poussés à soutenir secrètement les rebelles soudanais — ou, au minimum, à tolérer des opérations arrière sur leur territoire.
L’Éthiopie est le dernier des voisins du Soudan à rejoindre la mêlée. De nouvelles preuves dévoilées hier par Reuters, corroborées par le propre suivi des conflits du Sudan War Monitor, indiquent un fossé croissant entre l’Éthiopie et le Soudan. Ces derniers mois, le renseignement militaire éthiopien a facilité l’établissement d’un important centre d’entraînement et de logistique rebelle dans la région de Benishangul, près de la frontière soudanaise, selon l’enquête de Reuters.
Vidéo : Rassemblement conjoint des troupes RSF et SPLM-Nord (identifiables à leurs uniformes, insignes et slogans) sur le front « New Funj », ce qui signifie soit dans l’État du Nil Bleu au Soudan, soit dans la région voisine de l’Éthiopie. Source : Sudan War Monitor via la surveillance des pages de réseaux sociaux des combattants.
Citant une note interne des services de sécurité éthiopiens, Reuters a rapporté que 4 300 combattants rebelles soudanais étaient en formation dans le camp début janvier. Le document précisait que le chef du renseignement militaire éthiopien, le général Getachew Gudina, était responsable de l’installation du camp.
Les autorités éthiopiennes ont refusé de commenter.
Des photos satellites du camp Menge montrent des camions lourds dont la taille et la forme correspondent à celles des modèles fréquemment utilisés par l’armée éthiopienne et ses alliés, selon une analyse de Reuters. D’autres sources ont souligné l’implication de la société de logistique émiratie Gorica Group dans l’installation du camp.
Des sources diplomatiques ont exprimé leur inquiétude quant à la proximité du camp Menge avec le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, situé à environ 100 km au nord, craignant qu’il ne soit endommagé ou ciblé si des combats éclataient dans la région.
Cette activité secrète éthiopienne coïncide avec une reprise du conflit interne éthiopien contre le Front de libération du peuple tigré — un groupe historiquement soutenu par le Soudan — ainsi qu’avec l’escalade des combats dans l’État du Nil Bleu au Soudan, près du nouveau camp d’entraînement.
Source: sudan war monitor -Reuters