Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
président du CEDPE
Sahel7, www.centrerecherche.com
yacoubahmat0@gmail.com
Depuis longtemps, l'homme de la rue pointe du doigt les banques dès qu'un braquage a lieu à N'Djamena. Cette fois, le soupçon a pris une consistance nouvelle avec l'arrestation, le 18 septembre 2026, de Bichara V8, présenté par la police comme le cerveau d'une série de braquages sanglants commis entre 2022 et 2026, a ravivé une rumeur tenace selon laquelle certains agents bancaires renseigneraient les malfaiteurs sur les clients ayant retiré d'importantes sommes.
Cette rumeur n'a, à ce jour, jamais été confirmée par une enquête officielle. Mais le mode opératoire documenté par la police donne à réfléchir : les victimes recensées entre 2022 et 2026 ont presque systématiquement été agressées juste après être sorties d'une agence, en possession de sommes considérables, un client de l'UBA délesté de 71 millions de francs CFA, un autre abattu en sortant du BSCI pour 9 millions, un client d'Ecobank dépouillé à quelques mètres de l'agence. Une telle précision dans le ciblage, répétée sur plusieurs années et dans plusieurs établissements différents, interroge légitimement : comment des braqueurs sauraient-ils, avec une telle constance, qui vient de retirer de l'argent, en quelle quantité et à quel moment, sans un minimum d'information venue de l'intérieur ?
Si le chef de gang est désormais entre les mains de la justice, la question qui reste posée est tout aussi grave : qu'en est-il des agents bancaires qui auraient servi d'informateurs ? Pourquoi ce silence prolongé des banques, de la justice et des autorités sur ce volet précis du dossier, alors même que la police a détaillé publiquement le mode opératoire des malfaiteurs ?
Si les trois institutions concernées (sécurité, banques, justice) ne traitent pas cette question avec le sérieux qu'elle mérite, rien n'empêchera d'éventuels agents corrompus de reproduire ce même schéma avec d'autres complices, au mépris de la vie et de la sécurité des clients. La meilleure façon de rassurer durablement la population serait, d'une part, de mener une enquête interne rigoureuse dans les établissements concernés et de sanctionner sans complaisance tout agent dont l'implication serait avérée, et d'autre part, de moderniser un système de surveillance qui reste manifestement insuffisant, en renforçant la vidéosurveillance à l'intérieur comme aux abords des agences.
Il est temps, plus largement, que les banques tchadiennes sortent d'un autre âge. Faciliter les transactions par une véritable plateforme numérique, accompagnée d'un minimum de formation pour les clients qui découvrent ces outils, réduirait mécaniquement la nécessité de manipuler d'importantes sommes en liquide, et donc l'exposition des clients à ce type d'agression. Car aujourd'hui, en poussant la porte d'une agence bancaire à N'Djamena, on a parfois l'impression de se retrouver au cimetière de Lamadji, un lieu accessible de partout, sans aucun contrôle, où règnent le désordre, la désolation, la tristesse et les pleurs, plutôt que dans un établissement financier censé protéger l'argent et la vie de ses clients.
Expert en gestion de conflits
président du CEDPE
Sahel7, www.centrerecherche.com
yacoubahmat0@gmail.com
Depuis longtemps, l'homme de la rue pointe du doigt les banques dès qu'un braquage a lieu à N'Djamena. Cette fois, le soupçon a pris une consistance nouvelle avec l'arrestation, le 18 septembre 2026, de Bichara V8, présenté par la police comme le cerveau d'une série de braquages sanglants commis entre 2022 et 2026, a ravivé une rumeur tenace selon laquelle certains agents bancaires renseigneraient les malfaiteurs sur les clients ayant retiré d'importantes sommes.
Cette rumeur n'a, à ce jour, jamais été confirmée par une enquête officielle. Mais le mode opératoire documenté par la police donne à réfléchir : les victimes recensées entre 2022 et 2026 ont presque systématiquement été agressées juste après être sorties d'une agence, en possession de sommes considérables, un client de l'UBA délesté de 71 millions de francs CFA, un autre abattu en sortant du BSCI pour 9 millions, un client d'Ecobank dépouillé à quelques mètres de l'agence. Une telle précision dans le ciblage, répétée sur plusieurs années et dans plusieurs établissements différents, interroge légitimement : comment des braqueurs sauraient-ils, avec une telle constance, qui vient de retirer de l'argent, en quelle quantité et à quel moment, sans un minimum d'information venue de l'intérieur ?
Si le chef de gang est désormais entre les mains de la justice, la question qui reste posée est tout aussi grave : qu'en est-il des agents bancaires qui auraient servi d'informateurs ? Pourquoi ce silence prolongé des banques, de la justice et des autorités sur ce volet précis du dossier, alors même que la police a détaillé publiquement le mode opératoire des malfaiteurs ?
Si les trois institutions concernées (sécurité, banques, justice) ne traitent pas cette question avec le sérieux qu'elle mérite, rien n'empêchera d'éventuels agents corrompus de reproduire ce même schéma avec d'autres complices, au mépris de la vie et de la sécurité des clients. La meilleure façon de rassurer durablement la population serait, d'une part, de mener une enquête interne rigoureuse dans les établissements concernés et de sanctionner sans complaisance tout agent dont l'implication serait avérée, et d'autre part, de moderniser un système de surveillance qui reste manifestement insuffisant, en renforçant la vidéosurveillance à l'intérieur comme aux abords des agences.
Il est temps, plus largement, que les banques tchadiennes sortent d'un autre âge. Faciliter les transactions par une véritable plateforme numérique, accompagnée d'un minimum de formation pour les clients qui découvrent ces outils, réduirait mécaniquement la nécessité de manipuler d'importantes sommes en liquide, et donc l'exposition des clients à ce type d'agression. Car aujourd'hui, en poussant la porte d'une agence bancaire à N'Djamena, on a parfois l'impression de se retrouver au cimetière de Lamadji, un lieu accessible de partout, sans aucun contrôle, où règnent le désordre, la désolation, la tristesse et les pleurs, plutôt que dans un établissement financier censé protéger l'argent et la vie de ses clients.