L’ambassade de la République du Tchad en Libye a effectué, le lundi 17 août 2026, une visite de terrain au refuge pour migrants irréguliers situé à Tripoli-Est, afin de s’enquérir des conditions de détention et de prise en charge des ressortissants tchadiens présents dans ce centre.
Cette visite, qui revêt une importante dimension humanitaire et consulaire, a notamment permis de procéder à l’inventaire et à l’enregistrement des ressortissants tchadiens, à la vérification de leur identité ainsi qu’au recueil des informations nécessaires à l’établissement des documents de voyage. L’objectif est de faciliter leur retour au Tchad dans les meilleurs délais, dans le respect des procédures consulaires et des exigences des autorités libyennes.
L’ambassade a réaffirmé sa volonté de rester attentive à la situation de ses ressortissants en Libye et de leur apporter, dans la mesure de ses moyens, l’assistance consulaire nécessaire. Elle a également salué la coopération et la coordination avec l’administration de l’Agence de lutte contre la migration illégale à Tripoli-Est, ainsi que les efforts déployés pour assurer un traitement humanitaire aux migrants accueillis dans le centre.
Une situation qui dépasse le seul cas des migrants tchadiensAu-delà de cette visite consulaire, la situation des ressortissants tchadiens et, plus largement, celle des migrants africains en Libye demeure profondément préoccupante. Depuis plusieurs années, la Libye constitue à la fois un pays de transit et, pour de nombreux Africains, une destination temporaire où ils se retrouvent parfois bloqués pendant de longues périodes, dans des conditions extrêmement difficiles.
Des milliers de migrants originaires du Tchad, du Soudan, du Niger, du Nigeria, du Cameroun, de la République centrafricaine et d’autres pays africains traversent le territoire libyen dans l’espoir de rejoindre l’Europe. Beaucoup quittent leur pays en raison de la pauvreté, du chômage, des conflits, de l’insécurité ou de l’absence de perspectives économiques. Mais une fois en Libye, leur parcours peut rapidement se transformer en véritable épreuve humaine.
Certains sont arrêtés lors d’opérations de lutte contre la migration irrégulière et placés dans des centres de rétention. D’autres vivent dans des conditions précaires, sans statut légal, sans ressources suffisantes et avec un accès très limité aux soins de santé. Des témoignages et rapports d’organisations humanitaires ont également fait état, au fil des années, de violences, d’exploitation, de mauvais traitements, de trafics et d’abus dont sont victimes certains migrants africains.
La vulnérabilité des Tchadiens est d’autant plus grande que beaucoup d’entre eux se déplacent par voie terrestre à travers des zones désertiques extrêmement dangereuses. Certains arrivent en Libye après avoir traversé le Niger et le Sahara dans des conditions éprouvantes, parfois après avoir perdu leurs biens, leur argent ou même des proches au cours du voyage.
Une responsabilité qui doit être collectiveLa visite de l’ambassade du Tchad constitue donc une initiative importante, mais elle ne devrait pas être considérée uniquement comme une opération administrative destinée à délivrer des documents de voyage. Elle doit aussi être l’occasion d’attirer l’attention sur une crise humanitaire plus large qui concerne des milliers d’Africains en Libye.
La délivrance de documents consulaires et l’organisation des retours volontaires sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas. Il faut également renforcer l’identification des personnes vulnérables, l'accès aux soins, la protection contre les violences et les abus, l’assistance juridique et psychologique ainsi que la réunification familiale lorsque celle-ci est possible.
Les autorités tchadiennes devraient, dans la mesure du possible, renforcer leur présence consulaire auprès des ressortissants détenus ou en situation de grande vulnérabilité. Un mécanisme régulier de suivi permettrait notamment d’identifier rapidement les personnes nécessitant une intervention particulière et d’éviter que des ressortissants ne restent pendant des mois dans une situation d’incertitude.
La question appelle également une coopération renforcée entre les pays africains concernés, les autorités libyennes, les organisations internationales et les partenaires humanitaires. La lutte contre la migration irrégulière ne peut être réduite à une simple question de contrôle des frontières. Elle doit nécessairement intégrer la protection de la dignité et des droits fondamentaux des personnes migrantes.
Prévenir plutôt que subirLa tragédie migratoire africaine ne pourra toutefois être durablement résolue tant que les causes profondes de ces déplacements resteront intactes. Le chômage massif des jeunes, la pauvreté, l'insécurité, les conflits armés, la faiblesse des économies nationales et l'absence de perspectives poussent chaque année de nouvelles générations à prendre des routes extrêmement dangereuses.
Il est donc indispensable que les États africains et leurs partenaires investissent davantage dans l'emploi des jeunes, la formation professionnelle, l'entrepreneuriat et le développement local. Donner à un jeune Africain la possibilité de vivre dignement dans son propre pays constitue probablement la meilleure politique de lutte contre les migrations irrégulières.
La situation des migrants africains en Libye doit enfin cesser d'être perçue uniquement à travers le prisme sécuritaire. Derrière chaque migrant se trouve un être humain, une famille, une histoire et souvent un espoir brisé.
La visite effectuée par l’ambassade du Tchad à Tripoli-Est est, à ce titre, un geste positif. Elle devrait être prolongée par un véritable mécanisme permanent de protection, de suivi et d’assistance des ressortissants tchadiens en Libye. Au-delà du Tchad, c’est l’ensemble du continent africain qui doit se sentir concerné par le sort de ses citoyens confrontés à l’une des routes migratoires les plus dangereuses du continent.
Mme Agnès Jean
Représentante et coordinatrice adjoint
Sahel7
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