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"Liberté de la presse en Afrique : l'impunité, une menace pour la démocratie et la paix" Dr. Ahmat Yacoub à Radio Alger

Lundi 2 Novembre 2026

Wassila -Radio internationale d'Alger : Pourquoi les journalistes sont-ils particulièrement exposés en Afrique, quelles sont les conséquences de l'impunité et quelle responsabilité incombe aux États ?



En ma qualité de chercheur, je considère que la question de l'impunité des crimes commis contre les journalistes dépasse largement le cadre de la liberté de la presse. Elle constitue un véritable problème de gouvernance, de justice et de stabilité sociale.
En Afrique, les journalistes travaillent souvent dans des environnements marqués par des conflits armés, des crises politiques, des tensions communautaires et parfois une forte restriction de l'espace démocratique. Ceux qui enquêtent sur la corruption, les violations des droits humains ou les activités des groupes armés s'exposent à des risques considérables.
Le problème le plus préoccupant reste l'impunité. Selon les données publiées par l'UNESCO en 2026, 86 % des assassinats de journalistes recensés dans le monde demeurent sans résolution judiciaire. Cela signifie que les auteurs de ces crimes échappent encore largement à la justice.
Mais il faut comprendre une chose : lorsqu'un journaliste est assassiné, ce n'est pas seulement un professionnel des médias qui disparaît. C'est aussi une source d'information qui est détruite, une voix qui est réduite au silence et un droit fondamental des citoyens qui est bafoué.
Il existe également un lien entre la sécurité des journalistes et la prévention des conflits. Dans les zones fragilisées par la violence et l'extrémisme, une presse libre et responsable contribue à lutter contre la désinformation, à dénoncer les abus et à favoriser le dialogue entre les communautés.
À mon avis, les gouvernements africains doivent comprendre que protéger les journalistes n'est pas une faveur accordée à la presse. C'est une obligation de l'État de droit. Cela suppose des enquêtes indépendantes, une justice impartiale, la protection des journalistes menacés et la lutte contre toutes les formes d'intimidation.
Enfin, je voudrais insister sur un principe : on ne peut pas prétendre construire la paix, la démocratie et la cohésion sociale en laissant ceux qui informent les citoyens vivre dans la peur.
La liberté de la presse n'est pas un privilège des journalistes. C'est un droit de tous les citoyens.

L'UNESCO indique que 189 journalistes ont été tués en 2024 et 2025, dont 67 % dans des zones de conflit. Le taux mondial d'impunité atteint 86 % en 2026.