« M. Mahamat Déby, c’est lui-même qui a demandé à rebâtir une relation de défense avec la France », Macron

Mercredi 13 Mai 2026

Les interrogations et les doutes exprimés par plusieurs dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) à l’égard du chef de la junte semblent bien réels.


« Demandez à M. Mahamat Idriss Déby. D’ailleurs, c’est lui-même qui a demandé à rebâtir une relation de défense avec la France », a déclaré mardi soir le président Emmanuel Macron sur France 24.

Cette déclaration intervient dans un contexte particulier où, depuis plusieurs mois, les autorités tchadiennes donnent à une partie de l’opinion publique l’impression d’avoir tourné la page de la coopération militaire avec la France. Entre les discours souverainistes, les annonces de réorientation stratégique et la volonté affichée de diversifier les partenariats internationaux, beaucoup de tchadiens avaient compris qu'une rupture profonde était engagée avec l’ancien partenaire historique. Or, les propos d’Emmanuel Macron révèlent une réalité diplomatique plus nuancée.

Paris affirme que la demande de reconstruction des relations de défense est venue directement des autorités tchadiennes elles-mêmes. Cela montre que, malgré les tensions politiques et les discours destinés à l’opinion nationale, les impératifs sécuritaires demeurent une priorité incontournable pour N’Djamena.
La junte militaire au pouvoir reste confronté à des défis majeurs à commencer par des tiraillements internes des généraux, instabilité régionale au Sahel, menace des groupes jihadistes autour du lac Tchad, crise soudanaise à l’est et fragilité sécuritaire dans plusieurs zones frontalières. Dans ce contexte, une coopération militaire avec des puissances disposant de capacités de renseignement, de logistique et de formation demeure stratégique.

Cette situation met également en lumière le décalage fréquent entre communication politique interne et réalités géopolitiques. A l’intérieur du pays, le pouvoir cherche à renforcer une image d’indépendance et de souveraineté face à une population de plus en plus sensible aux questions de dignité nationale et de rupture avec les anciennes influences coloniales. Mais sur le plan pratique, les contraintes sécuritaires et diplomatiques imposent souvent une approche plus pragmatique.

Les déclarations du président Emmanuel Macron risquent d’alimenter davantage le débat politique au Tchad autour de la nature réelle des relations entre N’Djamena et Paris. Ont-elles véritablement été rompues, comme certains discours officiels ont tenté de le faire croire, ou assistons-nous plutôt à une redéfinition stratégique des rapports entre les deux États ?

Sans dénoncer explicitement le chef de la junte militaire au pouvoir au Tchad, les propos du président français laissent apparaître une volonté de maintenir un cadre de coopération sécuritaire avec les autorités tchadiennes. Cette perspective contraste avec le discours souverainiste régulièrement mis en avant par certains responsables politiques tchadiens depuis la transition.

Dans ce contexte, les interrogations et les doutes exprimés par plusieurs dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) à l’égard du chef de la junte semblent bien réels. Certains observateurs estiment que le Tchad cherche à afficher une prise de distance politique avec la France tout en préservant discrètement des mécanismes de coopération militaire et stratégique jugés essentiels dans un environnement régional marqué par l’instabilité sécuritaire.

Beaucoup suivront désormais avec attention les contours de cette éventuelle « nouvelle relation de défense » évoquée par Paris. La question centrale demeure de savoir si ce partenariat reposera réellement sur des bases plus équilibrées, transparentes et respectueuses des intérêts tchadiens, ou s’il s’agira simplement d’une reconfiguration diplomatique sans changement profond dans les rapports de force traditionnels entre les deux pays. 

Par Abdel Hamid Samuel