Par Dr Khaled Al-Deiri
Depuis les événements sur le terrain et les attaques des 24 et 25 avril, le conflit ne se limite plus aux régions nord et centrale, mais s’est étendu à des emplacements stratégiques dans les banlieues proches de la capitale, Bamako. En d’autres termes, nous faisons face à une restructuration de l’équilibre des forces entre le conseil militaire dirigeant et les groupes rebelles et djihadistes.
Ainsi, nous faisons face à de nouvelles complexités aux niveaux militaire, politique et régional, ce qui augmente les chances que les confrontations dégénèrent en scénarios plus violents ou que nous assistions à un changement radical dans la direction du gouvernement.
Premièrement : développements sur le terrain et déroulement des opérations A. Portée des attaques et objectif des opérationsLe groupe « Nusrat al-Islam wal Muslimin », en coopération avec le « Front de libération de l’Azawad » ainsi que des groupes locaux de terrain collaborant avec eux, a lancé une série d’attaques simultanées dans plusieurs zones de la capitale, Bamako, en particulier Kati, aux environs de la résidence du chef de la junte militaire, Osaimi Goita. Également à Gao, Kidal, Sevavari, Mopti et dans d’autres banlieues du nord et du centre.
Les attaques visaient les quartiers généraux et bases militaires, avec des centres de commandement et de stockage, dans le but de restreindre la liberté de circulation des forces gouvernementales.
B. Méthodes, outils et nature des frappesDes voitures piégées furent utilisées, avec des tirs légers et un feu intense dans des zones étroites. Dans un contexte qui suggère une coordination préalable et une étude préalable préparée de la carte des sites et des éléments sensibles.
Les rapports de terrain ont indiqué que certains assaillants des positions de l’armée malienne étaient vêtus d’uniformes militaires pour tromper les gardes et infiltrer, ce qui a facilité la perction des points de contrôle, et que les frappes visaient des institutions souveraines, et non des quartiers civils en général.
C. La réponse de l’armée et les mouvements sur le terrainLes déclarations de l’armée malienne ont annoncé avoir repris le contrôle de vastes zones autour du camp Kati, avec des points de contrôle et des patrouilles imposés sur les routes menant à Kati et à l’aéroport international de Bamako.
Les opérations se poursuivirent avec des bombardements limités de fouilles et aériennes des centres armés et des bases à l’ouest et au nord du pays, dans le but de couper les approvisionnements et d’empêcher l’expansion des groupes rebelles.
Deuxièmement : Les développements les plus importants et majeurs en matière de sécuritéPlusieurs carrefours de sécurité ont eu lieu d’une grande importance politique et militaire
R. L’assassinat du ministre de la DéfenseDes sources financières ont confirmé que le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué dans une attaque à la voiture piégée à Kati. Cet assassinat est un double coup car :
Cibler un commandant de haut rang (le deuxième homme au sein du conseil militaire dirigeant) Cela sape la confiance dans la capacité de l’armée malienne à protéger le sommet de la pyramide de commandement.Camara fait partie des faucons qui ont rétabli la présence française, renforcé la coopération avec les Russes et amené Wagner au Mali, l’un des membres les plus en vue du noyau dur du coup d’État de 2020.
L’assassinat de Camara et le piratage de Kati sapent la légitimité de la junte militaire, fondée sur des promesses de « restauration de la souveraineté » et d'« atteinte de la sécurité », et font de la question d’un changement ou d’une restructuration de la direction l’un des scénarios à envisager. Il s’agit aussi de la présence russe elle-même.
B. Défections et tentative de coup d’ÉtatDes rapports font état d’une tentative de coup d’État interne, avec des rapports de débarquements et de combats dans des positions militaires, notamment en banlieue.
Cela reflète les désaccords au sein de l’establishment militaire au pouvoir sur la voie des alliances, la gestion des groupes et la manière de gérer la guerre. Il confirme également qu’il existe une lutte entre forces souhaitant changer de direction ou de relations directes avec les alliés internationaux (Russie, pays du Sahel...).
Troisièmement : Le Contexte du Leadership et la Situation Politique et ConstitutionnelleLe Conseil national de transition (CNT) contrôle le pouvoir à Bamako, et sa direction (Oussimi Goita) a été prolongée de cinq ans, renouvelable sans élections, avec la dissolution des partis et la suspension du travail politique traditionnel, transformant le Mali en un régime militaire unilatéral, selon des observateurs.
Ces décisions ont encore isolé le régime de l’Union africaine et de l’Occident, compte tenu de sa dépendance à des alliés militaires extérieurs (la Russie) et de l’utilisation du discours de souveraineté et d’indépendance comme outil de légitimité, tandis que l’espace pour des solutions politiques par la négociation s’est réduit.
Quatrième : Carte de la scène de terrain entre l’armée et les forces d’oppositionLe contrôle effectif est réparti entre les groupes armés et l’armée malienne, la situation se chevauchant sur des axes géographiques clés
A. Axe Nord (Kidal – Gao)Kidal est toujours sous le contrôle du Front de libération de l’Azerbaïdjan (FLN) et de ses alliés, tandis que la région de Gao est le théâtre de fréquentes batailles entre l’armée malienne et les groupes djihadistes.
Le terrain observe une coordination claire entre l’insurrection du nord (Azawad) et les groupes djihadistes du centre, rendant difficile pour l’armée malienne de mener une guerre sur deux fronts éloignés.
B. Axe moyen (Severy – Mopte)Cet axe alterne contrôle et avancée entre des avancées partielles de l’armée malienne, avec une campagne de bombardement constante sur les positions militantes et des contre-attaques périodiques.
Le meurtre de militaires et de responsables locaux dans ces zones sape la confiance des habitants dans la capacité de l’armée à les protéger, et ouvre la porte à un biais de groupe accru ou à une neutralité passive.
c. Axe de la capitale sud (Bamako-Kati)Le camp et la zone de Kati (une banlieue militaire symbolique et résidence d’Osaimi Goita) devinrent un champ de bataille ; des affrontements intenses détruisirent les zones résidentielles et établirent un siège partiel des citoyens.
L’armée a également imposé des restrictions de déplacement et transformé le périmètre de l’aéroport de Bamako en zone d’opérations, ce qui montre une réelle inquiétude quant au fait que la scène glisse vers un avertissement sur la survie des groupes rebelles au cœur du pays.
Cinquième : Postes régionaux et internationauxLe développement le plus important au Mali est la présence russe, où l’escalade des tensions au Mali est considérée comme un critère pour évaluer la légitimité et l’efficacité de la présence militaire russe face aux groupes terroristes, contrairement au retrait ou retrait occidental précédent. La situation est exploitée pour saper l’image de « succès » de la Russie, surtout après la prise directe de chefs militaires majeurs et de sites importants, ainsi que la mort de hauts responsables financiers.
L’Union européenne et les pays occidentaux ont émis des avertissements à leurs ressortissants, soulignant la gravité de la situation au Mali, tandis que des responsables de la périphérie régionale (Union ouest-africaine, Union africaine) tiennent des consultations fermées sur des scénarios d’intervention ou de médiation.
Sixième : lecture analytiqueLa situation sur le terrain témoigne du succès des groupes rebelles dans leurs différentes orientations, en élargissant la portée de leurs opérations, puisqu’ils ont réussi à transférer leurs attaques des zones éloignées vers la tentative de pénétration des périphéries centrales de la sécurité, ce qui affaiblit le prestige du régime militaire au pouvoir, et malgré la déclaration apparente de contrôle de l’armée malienne, mais les bombardements intensifs et les fouilles intenses en cours, selon des rapports et informations confirmant cela et la mort des dirigeants, ces intersections révèlent la difficulté de maintenir des lignes défensives solides au nord et au centre tout en faisant écho au défi dans la capitale.
Politiquement, le SCAF a adopté une rhétorique sécuritaire et des prétextes de souveraineté pour continuer à gouverner, mais les coups douloureux qu’il a reçus avec des défaites symboliques (l’assassinat du ministre de la Défense, les attaques contre le camp de Kati) affaiblissent sa position vis-à-vis de sa base populaire, et ouvrent la porte à des questions et à des scénarios alternatifs.
En profondeur, nous ne devons pas négliger les informations concernant
Divisions ou tentatives de coup d’État Cela renforce l’hypothèse que la direction militaire n’est pas homogène, et qu’elle connaît des contradictions concernant les alliances extérieures et la manière de mener des opérations et de contrer l’insurrection.
Au niveau régional, la poursuite de la guerre au Mali augmente son impact dans les pays voisins (Burkina Faso, Niger, Côte d’Ivoire, Sénégal, etc.) et pose des défis concernant la circulation des groupes armés, la montée du commerce des personnes et des armes, ainsi que la menace pesant sur les routes énergétiques et commerciales.
Septième : Scénarios et tendances futurs de la scèneNous faisons face à plusieurs possibilités futures imbriquées qui ont des répercussions différentes sur le paysage et ses développements.
Scénario Un : Guerre d’Usure : Ce scénario suppose la poursuite d’opérations réciproques entre l’armée et les groupes du nord et du centre, avec la possibilité d’attaques répétées et qualitatives contre les centres de commandement de Bamako. En d’autres termes, nous allons faire face à une longue guerre d’usure alors que les centres de contrôle fluctuent. Si ce scénario se produit, nous assisterons à une détérioration progressive de la capacité de l’État à sécuriser des installations et des approvisionnements essentiels, parallèlement à l’augmentation de l’influence des groupes, à un déclin de la confiance dans l’armée et à une perte progressive de sa base populaire. Scénario Deux : Un nouveau positionnement dans l’armée malienne : Cette possibilité suppose un changement de commandement ou une réorganisation interne de la hiérarchie du pouvoir en raison de la pression accrue résultant de défaites symboliques, et nous pourrions assister à l’émergence d’une nouvelle faction dirigeante au sein de l’armée (ou d’un commandement mixte civil-militaire) visant à réorganiser les cartes, soutenir les efforts pour reprendre le contrôle et accepter des discussions limitées avec des groupes régionaux ou des représentants. La survenue de ce scénario conduit à un gouvernement de transition restreint, avec un assouplissement « nominal » de la prise de l’armée sur tous les centres décisionnels, en échange de la sécurité et du commandement financier pour elle-même. Scénario Trois : Désintégration Successive des Centres de Pouvoir : Ce scénario est lié au déclin continu de l’armée face à la prolifération des groupes rebelles, car on pourrait voir la formation de multiples sphères d’influence : au nord (Azawad-Touareg), et au centre (djihadistes et groupes islamistes locaux), la capacité de Bamako à imposer sa décision en dehors de la capitale étant renforcée. Ce scénario pourrait contraindre les pays voisins à établir des solutions de sécurité indirectes et à accepter des arrangements de réconciliation locale avec certains groupes afin de sécuriser les frontières. Huitième : Recommandations en matière de sécurité et militaires Surveillance et analyse du renseignement : par le renforcement et l’activation des réseaux de terrain et le suivi de la coordination entre groupes armés, en particulier dans les zones frontalières (Algérie, Burkina Faso, Niger...). En plus de surveiller les mouvements et d’échanger des informations internes dans l’armée (promotions, transferts, conflits interrégionaux et tentatives de coup d’État). Ce suivi nécessite une analyse des modèles de financement logistique du groupe (commerce, rançon, aide non déclarée, etc.) tout en examinant l’impact de chaque nouvelle attaque sur la confiance de la population dans l’armée et le statut de l’État. Scénarios de réaction : En planifiant des scénarios automatisés pour faire face à l’escalade des opérations de groupe dans la capitale ou les grandes villes (Bamako, Gao, Sévari), ou à la survenue de changements soudains dans le commandement du gouvernement militaire (comme un coup d’État, un changement de direction ou l’acceptation d’un dialogue limité). Les possibilités limitées d’intervention ou de soutien logistique et de renseignement aux pays voisins ne doivent pas être oubliées, garantissant le contrôle des routes commerciales et de l’énergie vitale. Adopter une stratégie régionale : en réévaluant la capacité de l’armée malienne à devenir une force régulière plus organisée (par la réforme du commandement, l’amélioration de la formation et l’équipement d’une armée moderne), tout en réduisant la dépendance à une seule force militaire externe. Cela inclut la recommandation de la création d’une salle de coordination régionale efficace de la sécurité entre les pays voisins pour prévenir le déplacement des groupes armés internationaux et démanteler les réseaux conjoints de financement et d’armement. Cette analyse est automatiquement traduite de l'arabe, veuillez vous référer à la source