Oui, il est possible d'écrire l'histoire du Tchad. Mais pour qu'elle soit acceptée par tous et qu'elle contribue à l'unité nationale, cette entreprise doit s'inscrire dans un contexte de paix, de réconciliation et d'apaisement des mémoires.
L'histoire ne peut être écrite sereinement lorsque les blessures sont encore ouvertes, lorsque les rancœurs dominent le débat public ou lorsque chaque groupe cherche à imposer sa propre version des événements. Avant tout, les Tchadiens doivent se réconcilier avec eux-mêmes, se libérer de la haine, du désir de revanche et des lectures partisanes du passé. Une nation forte est celle qui est capable de regarder son histoire en face, avec ses grandeurs comme avec ses erreurs.
L'histoire du Tchad appartient à tous les Tchadiens. Elle ne doit exclure personne. Tous ceux qui ont marqué la construction du pays, qu'ils aient été chefs d'État, militaires, résistants, intellectuels, administrateurs ou acteurs politiques, doivent être étudiés et évalués avec objectivité. Ils ont agi dans des contextes différents, avec leurs qualités, leurs limites, leurs succès et leurs échecs.
A cet égard, le pays gagnerait à reconnaître officiellement l'apport historique de nombreuses personnalités qui ont marqué son parcours national, parmi lesquelles Hassan Ahmat Moussa, Mahamat El Bakhlani, Abakar Jalabo, Mahamat Abba Seid, Hissène Habré, Idriss Déby Itno, Félix Malloum, François Tombalbaye, Lol Mahamat Choua, Ahmat Acyl Akhbach, Ahmat Khoulamallah, Goukouni Oueddei et bien d'autres encore. Il ne s'agit pas de glorifier aveuglément les hommes, mais de reconnaître leur place dans l'histoire nationale.
L'érection de monuments, de mémoriaux, de musées ou d'espaces de mémoire dédiés aux différentes figures et périodes de l'histoire tchadienne pourrait contribuer à transmettre aux nouvelles générations le message que la nation respecte tous ses enfants et assume l'ensemble de son héritage historique.
L'écriture de cette histoire devrait suivre une démarche scientifique et chronologique. Elle pourrait commencer par les grands royaumes et empires précoloniaux, les dynamiques politiques, économiques et culturelles qui existaient avant la pénétration coloniale, puis aborder la période de la conquête et de l'administration coloniale, la lutte pour l'indépendance, et enfin les différentes phases de l'histoire postindépendance.
Le défi n'est pas seulement de raconter les événements, mais de comprendre les mécanismes qui ont conduit aux conflits, aux divisions, aux rébellions et aux crises successives afin d'en tirer les leçons pour l'avenir.
L'histoire d'un pays ne s'écrit pas dans la vengeance. Elle s'écrit dans la vérité, la paix, la réconciliation et le respect mutuel. Le Tchad aura véritablement réussi son unité nationale lorsque chaque citoyen pourra se reconnaître dans le récit national, quelle que soit son origine, sa région ou son appartenance communautaire.
Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Ancien Conseiller chargé de Mission du Médiateur de la République
Expert en gestion de crises complexes et interdépendantes
Président du Centre d'Etudes pour le Développement et la Prévention de l'Extrémisme (CEDPE)