Sous la loupe

Pourquoi, le chef de la junte au pouvoir est devenu si impopulaire au Tchad

Samedi 4 Juillet 2026

Quelles que soient les interprétations politiques de cette séquence, elle met en lumière une réalité difficile à ignorer. Une partie de la jeune génération tchadienne réclame désormais d'être entendue sur les questions de gouvernance, de justice sociale et de perspectives d'avenir.


 
Quand des adolescents en viennent à exprimer publiquement ce que beaucoup d'adultes hésitent désormais à dire, cela révèle souvent une crise plus profonde qu'un simple mouvement de jeunesse.
Depuis l'arrestation, le 26 juin 2026, d'Ahmat Mahdi, un adolescent de 15 ans accusé d'avoir critiqué le chef de la junte militaire le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno sur les réseaux sociaux, une vague de réactions inédites a émergé sur internet. Selon plusieurs sources et témoignages relayés en ligne, le jeune garçon aurait subi des mauvais traitements durant sa détention. Ces allégations n'ont toutefois pas fait l'objet d'une confirmation indépendante.
Dans les jours qui ont suivi, une chasse à l’homme s’est répandue à travers le pays contre de nombreux adolescents ayant publié des vidéos s’adressant directement au chef de la junte, le maréchal Mahamat Idriss Déby. Certains jeunes ont évoqué les difficultés quotidiennes auxquelles ils sont confrontés, tandis que d'autres ont dénoncé la situation économique et sociale du pays.


Face à une opposition affaiblie et des aînés médusés, la jeunesse s’exprime. Cette mobilisation intervient dans un contexte où l'espace politique tchadien apparaît de plus en plus verrouillé aux yeux de nombreux observateurs. Depuis son arrivée au pouvoir en 2021 après la mort de son père Idriss Déby, le chef de la junte Mahamat Idriss Déby qui était pourtant très populaire, a consolidé son autorité et remporté frauduleusement l'élection présidentielle de 2024 dont des sondages lui donnaient 19,35%, contre 61,20 pour Succès Masra  https://urls.fr/aQVE_Z.
Parallèlement, plusieurs événements ont marqué la vie politique du pays, la répression des manifestations du 20 octobre 2022, la mort de l'opposant Yaya Dillo en février 2024 et la confirmation, en mai 2026, de la condamnation de l'ancien Premier ministre et opposant Succès Masra à vingt ans de prison. [fr.africanews.com], [lesoleil.sn]
Dans ce contexte, nombre de responsables politiques, militants et citoyens semblent avoir choisi la prudence, l'exil ou le silence. Les prises de parole des adolescents apparaissent dès lors comme l'expression d'un malaise plus large.
Une colère nourrie par les difficultés du quotidien. Les critiques qui circulent sur les réseaux sociaux ne portent pas uniquement sur la politique. Elles évoquent également les coupures d'électricité, la hausse du coût de la vie, le chômage et les accusations récurrentes de corruption qui alimentent le mécontentement populaire.
Pour de nombreux jeunes, ces préoccupations dépassent les clivages partisans. Elles touchent directement aux conditions de vie de millions de Tchadiens et expliquent en partie pourquoi leurs messages trouvent un écho bien au-delà des réseaux sociaux.
Le risque d'un fossé générationnel. Face à ces critiques, les autorités ont privilégié jusqu'à présent une approche sécuritaire, selon les informations relayées par plusieurs médias et organisations.

Les accusations portées contre Ahmat Mahdi ainsi que les réactions qu'elles ont suscitées illustrent les tensions croissantes entre le pouvoir et une partie de la jeunesse. Quelles que soient les interprétations politiques de cette séquence, elle met en lumière une réalité difficile à ignorer. Une partie de la jeune génération tchadienne réclame désormais d'être entendue sur les questions de gouvernance, de justice sociale et de perspectives d'avenir.

Lorsqu'une jeunesse ordinaire, parfois éloignée des partis politiques et des milieux militants, décide de prendre la parole malgré les risques, ce n'est généralement pas un phénomène anodin. C'est souvent le symptôme d'un malaise plus profond, auquel aucune réponse durable ne peut être apportée par la seule répression.

Ramy Haroun
Analyste, chercheur associé au CEDPE
Sahel 7


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