Sous la loupe

Pourquoi sommes-nous scandalisés par les propos de Takilal ?

Dimanche 2 Aout 2026

Personnellement, un ancien directeur de cabinet du feu Maréchal m'avait raconté, sans le moindre embarras, avoir reçu 300 millions de FCFA.


Pourquoi tant d'indignation aujourd'hui ? Soyons sérieux. Dans un pays où la corruption est dénoncée depuis des années par des organisations nationales et internationales, qui peut encore prétendre découvrir ce phénomène ?
 
Personnellement, un ancien directeur de cabinet du feu Maréchal m'avait raconté, sans le moindre embarras, avoir reçu 300 millions de FCFA d'un directeur général d'une société chinoise après lui avoir obtenu une audience avec le chef de l'État. Ce qu'il considérait comme un simple « remerciement » m'avait profondément choqué.
 
Je lui ai demandé en arabe tchadien : « Wa chilta wa ? » (Tu as accepté ?). Il m'a répondu avec un naturel déconcertant : « Chilta, ke mala ma nichila ? » (Bien sûr que j'ai accepté. Pourquoi ne l'aurais-je pas accepté ?).
 
Voilà le véritable scandale. Lorsque de telles pratiques sont considérées comme normales, parler de 5 000 000 FCFA pour une audience devient presque anecdotique. Le problème n'est pas le montant. Le problème est un système qui a fini par banaliser l'achat de l'influence et l'accès aux décideurs.
 
Et puis, une question mérite d'être posée : comment certains responsables publics, rémunérés par l'État, parviennent-ils à bâtir en quelques années un patrimoine composé de plusieurs villas, de stations-service, de véhicules de luxe et d'autres biens dont la valeur dépasse largement leurs revenus officiels ? Cette question, les citoyens sont en droit de la poser. Les réponses devraient venir d'institutions de contrôle crédibles, et non de rumeurs ou de justifications de circonstance.
 
Le plus inquiétant n'est pas d'entendre ces révélations. Le plus inquiétant est qu'elles ne surprennent presque plus personne. Lorsqu'une société cesse d'être choquée par la corruption, c'est que celle-ci n'est plus une dérive, elle est devenue une culture.
 
Aucun pays ne peut espérer se développer durablement lorsque le mérite est remplacé par les passe-droits, que l'intérêt général est sacrifié au profit des intérêts particuliers et que la corruption devient un mode de gouvernance toléré. La lutte contre ce fléau ne doit pas être un slogan politique, mais une exigence nationale.

Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
Président du CEDPE
Sahel7
yacoubahmat0@gmail.com
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