Opinion Libre

Quand la polarisation devient violente

Jeudi 23 Juillet 2026

Cet essai remet en question l’hypothèse selon laquelle la polarisation politique conduit naturellement à la violence politique. En passant en revue des cas allant de l’Alexandrie antique et des pogroms russes aux lynchages dans le sud des États-Unis, aux émeutes hindou-musulmanes en Inde, et au rassemblement « Unite the Right » de 2017 à Charlottesville, l’essai soutient que la polarisation ne devient mortelle que lorsque plusieurs forces convergent : lorsque l’hostilité affective se mêle à la crainte d’un changement démographique et du déplacement politique, lorsque des groupes en viennent à voir le contrôle de la politique comme une question de survie collective, et lorsque l’État recule dans l’application de l’égalité de protection. La démocratie de masse augmente le danger en traduisant la différence démographique en pouvoir politique. Pourtant, le fatalisme est injustifié — la plupart des sociétés polarisées restent pacifiques, et Charlottesville n’est pas devenue un pogrom parce que les institutions ont tenu bon. Les États-Unis, conclut l’essai, ne sont pas sur une voie inévitable vers la violence tant que leur ordre civique et leur sentiment d’appartenance commune perdureron.
 

Il est logique que la polarisation politique et la violence politique soient étroitement liées. Pourtant, la relation entre conflit démocratique et effusion de sang collective s’avère bien plus contingente et insaisissable qu’on ne le suppose souvent. Dans une société marquée par la confiance mutuelle, l’affection et un large accord, la violence politique serait difficile à imaginer. Cependant, l’inverse n’est pas nécessairement vrai. Même les sociétés marquées par un profond désaccord et une hostilité mutuelle ne sombrent pas inévitablement dans la violence.

Mais ces dernières années, les débats sur la polarisation aux États-Unis se sont de plus en plus mêlés à des craintes de violence politique.1 Les taux d’homicides ordinaires ont diminué, mais les menaces et actes de violence politique ont fortement augmenté. Au-delà d’une tentative d’empêcher le transfert pacifique du pouvoir, les assassinats, menaces contre des juges, gouverneurs, membres du Congrès, responsables électoraux et fonctionnaires locaux ont considérablement augmenté, tandis que le harcèlement, le doxxing, le swatting et l’intimidation sont devenus des caractéristiques de plus en plus courantes de la vie démocratique. Les responsables publics décrivent désormais régulièrement leurs peurs non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs familles. Un législateur de l’État, réfléchissant à l’assassinat des législateurs du Minnesota, a décrit l’expérience de la politique contemporaine comme « un bocal où les gens peuvent se tenir au-dessus de nous non pas avec des pancartes, mais des armes à feu. »2

Une grande partie de cette violence reste individualisée et perpétrée par des loups solitaires socialement marginalisés. Mais nous avons aussi assisté à un retour à des formes plus anciennes d’agression sociale organisée, ce que Donald Horowitz a appelé [Fin page 38] « l’émeute ethnique meurtrière » et que d’autres décrivent plus familièrement comme un « pogrom ».3 Ce sont des formes de violence politique socialement organisées, dirigées non pas contre des individus, mais contre des communautés entières considérées comme étrangères, dangereuses ou illégitimes. De telles émeutes étaient autrefois courantes aux États-Unis, mais au moment où Horowitz a rédigé sa synthèse, la majorité de ses exemples provenaient du Sud global.

Les événements de Charlottesville, en Virginie, en août 2017 nous ont rappelé que la politique des pogroms est de retour. Des centaines de manifestants brandissant des torches ont défilé sur le campus de l’Université de Virginie en scandant « Sang et terre » et « Les Juifs ne nous remplaceront pas ». Les slogans fusionnaient nationalisme blanc, antisémitisme et panique démographique en un seul message politique. Le rassemblement s’est finalement terminé par des violences meurtrières lorsqu’un suprémaciste blanc a foncé dans une foule de contre-manifestants (...) lire l'intégralité du document en cliquant sur le lien suivant Projet MUSE - Polarisation et violence politique : quand la polarisation devient violente


 
Par Jeffrey S. Kopstein
professeur chancelier de science politique à l’Université de Californie, Irvine. Il est l’auteur, plus récemment, de The Assault on the State : How the Global Attack on Modern Government Endangers Our Future (avec Stephen E. Hanson, 2024) et rédacteur en chef de Politics, Violence, Memory : The New Social Science of the Holocaust (avec Jelena Subotic et Susan Welch, 2023).