Pensée du Jour

Quand une femme s'effondre, c'est toute une société, voire une civilisation, qui s'effondre.

Mercredi 26 Aout 2026

 
Les femmes ne représentent pas la moitié de l'humanité : elles en sont le fondement même. Premières éducatrices de l'âme, elles inculquent aux enfants leurs premières certitudes. Gardiennes silencieuses de l'éthique, elles sont le lien vivant entre les générations et le cœur battant de toute société.
Pourtant, 52 % de notre population – dont 70 % vivent en milieu rural – demeurent invisibles : analphabètes, pauvres, prisonnières de tabous ancestraux. Elles sont absentes du dialogue qui détermine notre destin.
Sans éducation, elles ne transmettent plus le savoir. Sans travail, elles perdent leur dignité. Sans revenu, elles restent en servitude. Sans ces trois piliers, elles sont exposées à toutes sortes d'abus.
Contemplons l'hypocrisie : l'homme criminel, corrompu ou déchu demeure « supérieur » aux yeux de la communauté à la femme qui vend son corps pour survivre et nourrir ses enfants. L'un transgresse l'ordre social ; l'autre bafoue le droit à la vie. Nous condamnons l'un, mais pas l'autre.
 
Nous sommes tous enfants de nos mères – une certitude biologique. Nous ne sommes que des hypothèses quant à l'origine de nos pères. Et pourtant, les sociétés érigent des dynasties patriarcales, oubliant que chaque père fut d'abord le fils d'une femme.
Dans de nombreuses cultures africaines, la femme est une contradiction incarnée : désirée et célébrée dans les discours et les rituels ; négligée, opprimée et effacée dans la réalité. On exige d'elle la perfection – mère, épouse, travailleuse, gardienne – alors qu'on lui refuse les moyens de l'atteindre.
Cette tension n'est pas le fruit du hasard. Elle est le produit d'une structure séculaire qui se nourrit de son silence et se perpétue par son ignorance.
 
L'émancipation des femmes n'est pas une faveur que nous leur accordons. C'est une nécessité pour notre propre survie en tant que sociétés civilisées. Tant que 52 % de la population restera marginalisée, aucune aspiration au progrès ne pourra reposer sur des fondements solides.
 
Le monde des femmes africaines est un monde de paradoxes. C'est aussi le seul monde où une véritable transformation est possible. Éduquer une femme, c'est transformer le monde.
Si la démocratie rime avec démographie (52 %), alors ce sont des femmes instruites et bien formées qui devraient être démocratiquement élues pour diriger les pays africains.
Rassurez-vous, nous sommes loin de ce scénario, du moins pour l'instant.
 
Zako
Centre tchadien d'études stratégiques et
de recherche prospective : Penser global et agir intelligemment