Projets

Qui est le groupe WAGAS retenu pour réaliser de projets au Tchad? Réponse de A.I.

Mercredi 29 Juillet 2026

Après les nombreuses interrogations suscitées autour du projet de ville industrielle intelligente à N’Djamena, le ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat a organisé un point de presse ce mercredi 29 juillet 2026 afin de permettre au PDG du groupe Wagas, Jonathan Partouche, de s’expliquer. Il a tenté de rassurer l’opinion sur la pertinence du projet, sans toutefois répondre aux questions que les journalistes ont souhaité lui poser à l’issue de son intervention. Le N'djam Pot.



Les informations disponibles permettent de dresser le portrait suivant.

Le Groupe WAGAS est une entreprise privée qui se présente comme un groupe international spécialisé dans les technologies avancées, les villes intelligentes (smart cities), l'intelligence artificielle, la cybersécurité, les énergies renouvelables et le développement d'infrastructures. Le groupe est dirigé par Johnathan Partouche, un entrepreneur français.

Au Tchad, WAGAS s'est fait connaître à partir de 2025 en présentant plusieurs projets d'investissement au gouvernement. Le Premier ministre tchadien a notamment reçu une délégation du groupe, qui a présenté un projet de ville industrielle intelligente comprenant notamment :

une cité moderne ; un parc Toumaï ; un hôpital ; un centre commercial ; une usine de fabrication de panneaux solaires ; des établissements scolaires.

Par la suite, le groupe a également manifesté son intérêt pour le secteur minier tchadien, avec des projets de transformation locale des ressources minières afin de favoriser l'industrialisation et la création d'emplois.

Concernant la conférence de presse que vous évoquez, plusieurs médias tchadiens ont effectivement rapporté que le ministère de l'Aménagement du territoire avait organisé une rencontre afin que Johnathan Partouche présente le projet de ville intelligente. Selon ces comptes rendus, il a exposé sa vision du projet, mais les journalistes ont regretté de ne pas avoir pu poser leurs questions à l'issue de son intervention, ce qui a entretenu certaines interrogations dans l'opinion publique.

À ce stade, plusieurs points peuvent être considérés comme établis :

le Groupe WAGAS existe juridiquement et possède des structures enregistrées, notamment au Royaume-Uni ; il entretient des relations officielles avec les autorités tchadiennes et a présenté plusieurs projets d'investissement ; en revanche, la faisabilité financière, technique et le calendrier de réalisation des grands projets annoncés restent à démontrer. Comme pour tout projet de cette ampleur, leur crédibilité dépendra de la publication d'études de faisabilité, de plans de financement, des autorisations administratives et du lancement effectif des travaux.

En d'autres termes, WAGAS est bien un acteur réel et identifié. La question qui demeure ouverte n'est pas tant son existence que sa capacité à concrétiser les investissements annoncés au Tchad, ce qui nécessitera des preuves tangibles au fil de l'avancement des projets.

Question: Le groupe est-il sérieux?

La réponse est nuancée : WAGAS semble être une entreprise réelle, mais la capacité à réaliser les projets annoncés reste à démontrer.

Voici les éléments qui permettent d'évaluer son sérieux.

Points qui plaident en sa faveur :

WAGAS est une société effectivement enregistrée au Royaume-Uni sous le nom WAGAS GROUP LTD, créée en 2019. Son dirigeant déclaré est Johnathan Simon Partouche, de nationalité française. Le groupe dispose d'un site officiel présentant ses activités dans les domaines des villes intelligentes, de l'énergie, des infrastructures et des technologies. Il a été officiellement reçu par le gouvernement tchadien. La Primature a publié un compte rendu de cette audience, au cours de laquelle WAGAS a présenté son projet de ville industrielle intelligente et d'autres investissements.

Points qui invitent à la prudence :

Les projets annoncés sont extrêmement ambitieux (smart cities, raffineries, campus technologiques, logements, infrastructures énergétiques, etc.) et représentent des investissements de plusieurs milliards de dollars. À ce jour, il existe peu d'éléments publics montrant que ces projets sont déjà entrés en phase de réalisation à grande échelle au Tchad. Les annonces portent principalement sur des protocoles d'accord, des présentations et des intentions d'investissement. Lors de la conférence de presse que vous évoquez, le fait que les journalistes n'aient pas pu poser leurs questions a naturellement alimenté les interrogations de l'opinion. Pour un projet de cette ampleur, la transparence est essentielle. Mon appréciation

Je ne qualifierais pas WAGAS de société « non sérieuse ». L'entreprise existe juridiquement, son dirigeant est identifié et elle entretient des relations officielles avec les autorités tchadiennes. En revanche, son sérieux sur le plan opérationnel sera jugé à l'aune de ses réalisations concrètes, et non de ses annonces.

Pour un projet aussi important, plusieurs questions méritent des réponses publiques :

Quel est le montant réellement sécurisé du financement ? Qui sont les banques ou les investisseurs qui financent le projet ? Les études de faisabilité sont-elles terminées ? Quel est le calendrier précis des travaux ? Quelles garanties sont offertes à l'État tchadien en cas de non-réalisation ? Quels seront les mécanismes de suivi et d'audit ?

En matière d'investissements internationaux, la crédibilité d'un projet se mesure moins à la qualité de la présentation qu'à l'existence de financements sécurisés, de contrats exécutoires et au démarrage effectif des travaux. Tant que ces éléments ne sont pas rendus publics ou observables, il est légitime que des questions subsistent.

Est ce que le groupe a déjà réalisé un seul projet ailleurs depuis sa création en 2019 ?

À partir des informations publiques disponibles, je n'ai trouvé aucune preuve que le Groupe WAGAS de Johnathan Partouche ait déjà achevé un projet majeur de type "ville intelligente", zone industrielle, complexe immobilier ou grande infrastructure depuis sa création.

Il faut toutefois distinguer deux entités différentes qui portent le nom WAGAS :

WAGAS S.A. (Pologne) : une entreprise créée en 2003, spécialisée dans les garanties, assurances complémentaires et services après-vente pour les secteurs automobile et électronique. Elle a un historique d'activité documenté et publie des rapports financiers. WAGAS GROUP, dirigé par Johnathan Partouche, qui présente des projets dans les domaines des smart cities, de l'énergie, des infrastructures et de l'intelligence artificielle, notamment au Tchad.

En ce qui concerne ce second groupe, les informations publiques montrent principalement :

des présentations de projets ; des protocoles d'accord avec des gouvernements ou des partenaires ; des annonces d'investissements.

En revanche, je n'ai pas trouvé de référence indépendante à un projet d'envergure déjà livré et opérationnel, par exemple :

une ville intelligente construite ; une centrale électrique mise en service ; une zone industrielle achevée ; un hôpital ou un campus réalisé par le groupe.

Cela ne signifie pas nécessairement que l'entreprise est incapable de réaliser ces projets. En revanche, l'absence de réalisations publiques vérifiables constitue un élément important lorsqu'on évalue la crédibilité d'un projet de plusieurs milliards de dollars.

Si j'étais chargé d'évaluer ce projet pour un État ou un bailleur de fonds, je demanderais notamment :

la liste des projets déjà achevés par le groupe ; leur coût et leur calendrier de réalisation ; les maîtres d'ouvrage concernés ; les attestations de bonne exécution ; les références bancaires des financements mobilisés ; les audits financiers récents.

Ce sont ces éléments qui permettent de juger la capacité d'un promoteur à mener à bien un projet d'une telle ampleur.

En résumé : à ce jour, je n'ai pas trouvé de preuve publique qu'un projet majeur annoncé par le Groupe WAGAS de Johnathan Partouche ait déjà été entièrement réalisé et mis en exploitation. Les informations disponibles portent essentiellement sur des annonces, des partenariats et des intentions d'investissement, plutôt que sur des réalisations achevées. 

Réalisée par Sarah H. Salmane
Analyste, chercheure associée au CEDPE
www.centrerecherche.com