Sous la loupe

Qui paie la facture sécuritaire du détroit d'Ormuz ?

Mardi 14 Juillet 2026

La protection américaine, même si elle représente un coût financier considérable pour Washington, elle est devenue obsolète étant donné qu'elle n'a pas empêché l'Iran à mener des frappes contre les états du Golfe.


 

Le détroit d'Ormuz est souvent présenté comme le véritable poumon énergétique de la planète. Chaque crise dans cette étroite bande maritime séparant l'Iran de la péninsule arabique ravive les inquiétudes des marchés et rappelle l'importance stratégique de cette voie de navigation par laquelle transite une part considérable des exportations mondiales d'hydrocarbures.

C'est dans ce contexte que le président américain Donald Trump a estimé que les pays du Golfe devraient davantage contribuer au financement de leur propre sécurité et rembourser les États-Unis pour les efforts déployés afin de garantir la liberté de navigation dans la région.

Cette déclaration relance un débat ancien mais fondamental : qui doit assumer le coût de la sécurité du détroit d'Ormuz ?

Depuis plusieurs décennies, les États-Unis jouent le rôle de principal garant de la sécurité maritime dans le Golfe. La présence de la marine américaine, de ses bases militaires et de ses dispositifs de surveillance permet de sécuriser l'une des routes commerciales les plus sensibles du monde. Or, cette protection, bien qu’elle représente un coût financier considérable pour Washington, est devenue obsolète puisqu’elle n’a pas empêché l’Iran de frapper les États du Golfe. Le dernier conflit entre les États-Unis et l’Iran a amené les États du Golfe à réfléchir sérieusement à d’autres alternatives, voire au retrait des bases américaines, sources de préoccupations.

Pour les partisans de la position américaine, il est logique que les principaux bénéficiaires de cette sécurité participent davantage à son financement. Les monarchies du Golfe tirent une part essentielle de leurs revenus de l'exportation du pétrole et du gaz transitant par le détroit d'Ormuz. Dans cette perspective, il paraît légitime que les États les plus directement concernés assument une part plus importante de la charge sécuritaire.

D'autres observateurs rappellent toutefois que la question dépasse largement les intérêts des seuls pays du Golfe. Le détroit d'Ormuz constitue une artère vitale pour l'économie mondiale. L'Europe, l'Asie et de nombreuses économies émergentes dépendent elles aussi de la libre circulation des marchandises et des ressources énergétiques qui transitent dans cette région. La sécurité du détroit relèverait donc d'un intérêt collectif international plutôt que d'une simple prestation de service pouvant être facturée à certains États.

Cette controverse soulève également la question des alliances militaires. Les États-Unis entretiennent depuis longtemps des partenariats stratégiques avec plusieurs monarchies du Golfe. Ces alliances reposent traditionnellement sur un échange basé sur la protection sécuritaire contre coopération politique, militaire et économique. Exiger aujourd'hui une compensation financière plus importante pourrait être interprété comme une redéfinition de ce contrat stratégique.

Au-delà de la question budgétaire, le débat révèle surtout l'évolution du rapport de force au Moyen-Orient. Les pays du Golfe investissent massivement dans leurs capacités militaires, leurs marines et leurs systèmes de défense. Beaucoup estiment qu'ils disposent désormais de moyens suffisants pour prendre une part plus importante dans la sécurisation de leur environnement immédiat.

Mais une interrogation demeure. Ces États peuvent-ils, seuls, garantir la sécurité d'une voie maritime aussi sensible face aux risques de confrontation régionale, aux menaces asymétriques et aux tensions persistantes avec l'Iran ?

La sécurité du détroit d'Ormuz n'est pas seulement une question militaire. Elle touche directement à la stabilité des marchés énergétiques, au commerce international et à l'équilibre géopolitique mondial. Dès lors, la véritable question n'est peut-être pas de savoir qui doit payer la facture, mais comment partager équitablement le coût d'une sécurité dont dépend une partie importante de l'économie mondiale.

Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
Président du CEDPE

Différentes sources :
Reuters
AFP
Sahel7