Conflit et prévention

Recrudescence préoccupante des conflits communautaires au Tchad

Mardi 9 Juin 2026

L'un des constats les plus préoccupants concerne le faible rôle joué par certaines institutions chargées de la médiation sociale. La Médiature de la République du Tchad, les autorités traditionnelles, les commissions locales de paix et d'autres structures de règlement des différends disposent souvent de moyens limités.


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Depuis la prise du pouvoir par le chef de la junte Mahamat Idriss Déby Itno, les autorités ont mis l'accent sur le renforcement des capacités militaires, la lutte contre les groupes armés et la sécurisation des frontières. Sur le plan de la menace insurrectionnelle nationale, le Tchad n'a pas connu ces dernières années une offensive rebelle majeure comparable à celles qui ont marqué certaines périodes précédentes. Les forces de défense demeurent parmi les plus structurées de la région sahélienne.
 
Cependant, la sécurité ne se limite pas à l'absence de rébellion armée ou d'attaques terroristes. Il a été constaté une recrudescence préoccupante des conflits communautaires. Les violences intercommunautaires et intracommunautaires semblent s'être multipliées dans plusieurs provinces. Les plus récentes sont signalées à Dar Tama, au Ouaddaï, dans le Guéra, Moyen-Chari et d'autres zones du Sud, et certaines localités du Lac et du Salamat.
 
Ces conflits trouvent souvent leur origine dans les litiges fonciers, les rivalités autour des ressources naturelles, les conflits entre agriculteurs et éleveurs, les rivalités de pouvoir local, la circulation incontrôlée des armes, l'impunité dont bénéficient parfois certains acteurs influents.
 
Le bilan humain de ces affrontements est souvent lourd, avec des morts, des blessés, des déplacements de populations et des destructions de biens.
 
A Haraz Mangagne par exemple, les informations faisant état du départ de populations vers la République centrafricaine en raison d'abus présumés commis lors des opérations des fouilles et de collecte d'armes soulèvent une question importante. Une politique de désarmement peut contribuer à la sécurité seulement si elle est perçue comme impartiale et respectueuse des populations concernées.
 
Quand des populations pensent subir des abus, du harcèlement ou des traitements discriminatoires, cela peut avoir l’effet inverse en attisant les tensions locales et en renforçant la méfiance envers l’État. Depuis, près de trente ans, les opérations de fouilles et de collecte des armes détenues par des civils alimentent le débat sans vraiment susciter de réaction de la part des autorités.
 
L'affaiblissement des mécanismes civils de prévention des conflits
L'un des constats les plus préoccupants concerne le faible rôle joué par certaines institutions chargées de la médiation sociale.
La Médiature de la République du Tchad, les autorités traditionnelles, les commissions locales de paix et d'autres structures de règlement des différends disposent souvent de moyens limités.
 
Or, lorsqu'un conflit n'est traité que sous l'angle sécuritaire et militaire, sans mécanisme efficace de dialogue, de médiation et de réconciliation, les causes profondes demeurent intactes.
Peut-on parler d'échec de la junte militaire au pouvoir ?
Parler d'un échec total serait excessif, car l'État a conservé le contrôle du territoire et évité certaines menaces sécuritaires majeures. En revanche, il est possible de soutenir que les résultats sont insuffisants concernant la prévention des conflits communautaires, la protection des populations civiles, le désarmement consensuel, le règlement durable des conflits fonciers et pastoraux, le renforcement des institutions de médiation.
 
Le principal défi sécuritaire du Tchad aujourd'hui semble moins être une rébellion nationale qu'une fragmentation locale de la violence. La multiplication des affrontements communautaires constitue une menace sérieuse pour la cohésion nationale, car ces conflits touchent directement les populations et fragilisent le tissu social.
 
Enfin, le pouvoir a obtenu certains résultats dans le domaine de la sécurité militaire et de la stabilité institutionnelle, mais les violences intercommunautaires, les déplacements de populations et l'affaiblissement des mécanismes de médiation montrent que la paix sociale reste fragile. La sécurité durable ne dépend pas seulement de la force militaire ; elle exige également la justice, la médiation, le développement local, la gestion équitable des ressources et la confiance entre l'État et les citoyens.

Sara H. Salmane
Analyste, Chercheure associée au CEDPE
www;centrerecherche.com