Pensée du Jour

Rencontre avec le Guide iranien, Trump réitère sa demande. Pour lui présenter ses condoléances?

Lundi 15 Juin 2026

Saddam Hussein en a fait les frais : son exécution a été menée par les Iraniens le jour de la grande fête musulmane. Il est vrai que Trump est très bien protégé, mais la vengeance iranienne se nourrit de patience.



Dans la culture politique et historique iranienne, la mémoire, l'honneur et la dignité nationale occupent une place très importante. Dès lors, lorsqu'un dirigeant américain évoque une rencontre avec le Guide suprême après une période de fortes tensions, de sanctions ou d'actions militaires ayant causé des pertes humaines, cela peut être perçu par une partie de l'opinion iranienne comme une contradiction ou une méconnaissance des sensibilités locales.

Cependant, du point de vue diplomatique, les dirigeants agissent souvent selon une logique différente de celle des relations personnelles. L'histoire regorge d'exemples où des adversaires se sont rencontrés après des conflits sanglants. Richard Nixon avec Mao Zedong en 1972, ou encore les négociations qui ont conduit aux accords entre anciens ennemis dans diverses régions du monde. L'objectif n'est généralement pas de tourner la page du passé ni de présenter des condoléances, mais de défendre des intérêts stratégiques, éviter une escalade ou rechercher un compromis.
Dans le cas de l’Iran, Trump a directement ciblé et assassiné un haut dirigeant du pays, décimant sa famille, et ce alors que des négociations étaient en cours. Au lieu d’exprimer des regrets, il s’en vante. La paix n’a certes pas de prix, mais imaginer une rencontre entre Donald Trump et Ali Khamenei, c’est mal connaître la culture perse, qui prend son temps et attend l’ennemi au tournant. Saddam Hussein en a fait les frais : son exécution a été menée par les Iraniens le jour de la grande fête musulmane. Il est vrai que Trump est très bien protégé, mais la vengeance iranienne se nourrit de patience.
En Iran, les symboles, la mémoire des victimes et la notion de dignité nationale pèsent souvent autant que les considérations matérielles. Même lorsqu'un accord est dans l'intérêt des deux parties, la manière dont il est présenté et le respect accordé à l'autre camp peuvent être déterminants pour son acceptation par l'opinion publique et les élites politiques iraniennes.
En définitive, la question n'est peut-être pas tant de savoir ce que Trump dirait à Khamenei, mais si les dirigeants iraniens jugeraient qu'une telle rencontre sert leurs intérêts sans porter atteinte à leur image de résistance et à leur récit politique interne. C'est souvent là que se joue le succès ou l'échec de ce type de démarche diplomatique.

MS. Abdelsalam
Analyste, chercheur associé au CEDPE
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