Hier, un chercheur tchadien de grande renommée m'a posé la question suivante: "Entre le gouvernement français qui cherche à revenir et le Tchad qui hésite à considérer cette demande, lequel de deux qui dit vrai?"
[19/05 19:47] Dr Ahmat Yacoub cedpe: L’objectif de la politique africaine de la France est relativement clair. Il s'agit de défendre les intérêts stratégiques, économiques, diplomatiques et sécuritaires de l’État français. Cela se fait généralement de manière assumée et il n’y a rien d’anormal à cela, car chaque État cherche naturellement à protéger ses intérêts nationaux. Aucune puissance au monde ne mène une politique étrangère uniquement par altruisme ; les relations internationales reposent avant tout sur des intérêts mutuels. Cependant, selon certains observateurs, la véritable question ne réside pas tant dans la politique française que dans l’attitude et la stratégie du pouvoir tchadien actuel. Le président Mahamat Idriss Déby semble envoyer des messages parfois contradictoires. D’un côté, il paraît rechercher une coopération sécuritaire et militaire avec la France afin de consolider la stabilité du régime et de faire face aux défis sécuritaires. De l’autre, le discours adressé à l’opinion publique donne parfois l’impression d’une prise de distance ou d’une rupture avec la France, dans un contexte marqué par la montée des sentiments souverainistes dans plusieurs pays africains. Cette ambiguïté alimente les interrogations et peut donner l’impression que les deux États poursuivent des objectifs différents. La France chercherait à préserver des intérêts étatiques clairement définis, tandis que le pouvoir tchadien serait davantage motivé par des considérations liées à la stabilité politique interne et à la sécurité du régime.
Une autre question soulevée par plusieurs citoyens concerne la crédibilité politique. Beaucoup estiment qu’il n’existe aucune contradiction entre souveraineté nationale et coopération internationale. Un État peut parfaitement affirmer son indépendance tout en développant des partenariats fondés sur des intérêts réciproques et clairement définis.
Être souverain ne signifie pas s’isoler. Cela signifie plutôt être capable de négocier des partenariats équilibrés où chaque partie tire des bénéfices précis et où les intérêts nationaux sont protégés. La véritable interrogation que certains Tchadiens se posent aujourd’hui est donc la suivante : quel bénéfice concret un nouveau partenariat renforcé avec la France pourrait-il apporter à la population tchadienne, que plus d’un siècle de relations politiques, militaires et économiques n’aurait pas déjà permis d’obtenir ?
Cette question renvoie à plusieurs préoccupations (développement économique, emploi des jeunes, infrastructures, santé, éducation, transfert de technologies et amélioration des conditions de vie).
Pour beaucoup, le débat ne devrait pas porter uniquement sur la présence ou l’absence de la France, mais surtout sur la nature des partenariats, leur transparence et leurs retombées réelles pour la population tchadienne.
J'espère avoir répondu à la question. AYD