J’ai lu avec une attention particulière un appel pressant de la jeunesse tchadienne destiné à la Diaspora.
L’idée d’impliquer la diaspora tchadienne dans des projets destinés à créer des emplois pour la jeunesse constitue une initiative porteuse d’espoir et de perspectives pour le Tchad.
Dans un contexte marqué par le chômage massif des jeunes, les difficultés économiques et le manque d’opportunités, la mobilisation des compétences et des ressources de la diaspora peut devenir un levier stratégique de développement national.
Partout dans le monde, les diasporas ont joué un rôle décisif dans la reconstruction économique, le transfert de compétences, l’investissement productif et le soutien social. Plusieurs pays africains et asiatiques ont bénéficié de l’apport de leurs ressortissants établis à l’étranger, que ce soit dans les domaines de l’éducation, de l’entrepreneuriat, des nouvelles technologies, de la santé ou des infrastructures.
La diaspora tchadienne dispose aujourd’hui d’un potentiel humain considérable (cadres qualifiés, chercheurs, entrepreneurs, étudiants, experts en nouvelles technologies, acteurs économiques et associatifs). Cette richesse humaine peut contribuer efficacement à la lutte contre le chômage et la marginalisation d’une jeunesse souvent abandonnée à elle-même.
Pourquoi ne pas penser à la création d’un fonds d’investissement destiné à soutenir les projets des jeunes ? Pour qu’une telle initiative réussisse, il est indispensable de dépasser les divisions politiques, régionales ou communautaires afin de privilégier une vision collective centrée sur l’intérêt national.
L’objectif ne doit pas être politique, mais social, économique et patriotique avec pour objectif de contribuer concrètement à redonner espoir à la jeunesse tchadienne.
Cela suppose certes, une coordination sérieuse entre les acteurs de l’intérieur et ceux de la diaspora, une approche inclusive, une gestion transparente et une organisation crédible capable de gagner la confiance des Tchadiens.
Si cette idée est intéressante, pourquoi ne pas mettre en place dès maintenant une plateforme crédible pour mener une réflexion sur ce sujet ? L’une des premières étapes pourrait être la création d’une structure institutionnelle indépendante regroupant des jeunes de l’intérieur du pays, des représentants de la diaspora, des experts, des entrepreneurs, des acteurs associatifs et économiques.
Cette plateforme pourrait avoir plusieurs missions
- identifier les besoins prioritaires des jeunes
- élaborer des projets générateurs d’emplois
- mobiliser des financements
- assurer le suivi et l’évaluation des projets
- développer des partenariats internationaux.
Pour éviter les problèmes de mauvaise gouvernance ou de détournement, la structure devrait fonctionner selon des règles claires basées sur la transparence financière, des audits réguliers, une gestion numérique traçable, une publication périodique des activités et un contrôle indépendant.
Plusieurs domaines peuvent rapidement offrir des opportunités d’emplois et d’auto-emploi à des jeunes comme :
L’agriculture moderne, l’élevage, la transformation agroalimentaire, le numérique, la formation professionnelle, les énergies renouvelables, l’artisanat, le transport, l’entrepreneuriat local, l’économie verte.
Je suis sûr que la diaspora peut jouer un rôle majeur dans le financement de microprojets, le mentorat, le transfert de compétences, l’accompagnement technique et la création de réseaux internationaux.
Comme première étape concrète, l’association de la diaspora peut organiser une grande rencontre en distanciel. Il s’agit d’échanger les idées, d’identifier les compétences disponibles, d’évaluer les capacités de financement, de définir les priorités et de poser les bases d’une stratégie commune. Des représentants de la jeunesse de l’intérieur du pays devraient également y participer afin que les projets correspondent aux réalités du terrain.
Cette rencontre pourrait déboucher sur :
1. la création d’un comité préparatoire ;
2. l’élaboration d’une feuille de route ;
3. la mise en place d’une plateforme numérique collaborative ;
4. et l’identification des premiers projets pilotes.
Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion d conflits
Président du CEDPE