Soudan - Conflit: Les EAU au cœur du dispositif

Jeudi 23 Avril 2026

L'embargo sur les armes décrété par le Conseil de sécurité de l'ONU est violé sans conséquence : les grandes puissances qui pourraient faire pression sur les Émirats — États-Unis, Royaume-Uni, France — considèrent Abou Dhabi comme un allié stratégique trop précieux pour être confronté sur le dossier soudanais.


 
 

Les Émirats arabes unis nient officiellement tout soutien à l'une ou l'autre des parties dans le conflit soudanais. Mais les preuves s'accumulent. En mai 2025, Amnesty International a publié une enquête fondée sur des photos de débris de bombes, établissant que des armes chinoises avaient été fournies aux FSR par les EAU. Des experts de l'ONU et le Congrès américain ont formulé les mêmes accusations. En octobre 2024, le Wall Street Journal citait des responsables américains confirmant l'intensification des livraisons via la Libye et la Somalie.

L'attaque des FAS contre l'aéroport de Nyala, au Darfour du Sud, qui a détruit un avion cargo émirati et tué des dizaines de combattants FSR ainsi que plusieurs ressortissants des Émirats, a constitué un tournant : selon plusieurs experts, c'est dans la foulée de cet incident que le trafic à Koufra a brusquement augmenté, les FSR cherchant à sécuriser une nouvelle route d'approvisionnement hors de portée de l'armée soudanaise.

Le rôle de l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar est au cœur du dispositif. La vaste région de Koufra est contrôlée par un commandant militaire libyen allié aux EAU. L'ANL — elle-même soutenue depuis 2014 par Abou Dhabi — nie tout soutien aux FSR. Mais selon un rapport de l'ONG The Sentry, le camp Haftar est « un fournisseur clé de carburant pour les FSR ».

La logique est implacable : les EAU ont besoin de Haftar pour utiliser la Libye comme corridor, et Haftar a besoin des EAU pour rester en place. Les FSR ont besoin des deux pour survivre à la guerre. Ce triangle d'interdépendances constitue une chaîne d'approvisionnement qui tient en échec les efforts diplomatiques internationaux. Selon la chercheuse Anette Hoffmann, la structure chaotique des FSR n'aurait pu tenir plus de quelques semaines dans un conflit de cette ampleur sans ce soutien extérieur massif.

L'embargo sur les armes décrété par le Conseil de sécurité de l'ONU est violé sans conséquence : les grandes puissances qui pourraient faire pression sur les Émirats — États-Unis, Royaume-Uni, France — considèrent Abou Dhabi comme un allié stratégique trop précieux pour être confronté sur le dossier soudanais.

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