Ce matin, les FSR ont lancé une série coordonnée d'attaques par drones contre plusieurs localités contrôlées par l'armée soudanaise. Les informations disponibles font notamment état de frappes ou de tentatives de frappes à :
Omdurman, dans l'État de Khartoum ;
Bahri/Khartoum Nord ;
El-Obeid, au Kordofan-Nord ;
Damazin, au Nil Bleu ;
Abu Jubeiha, au Kordofan-Sud.
Sudan Tribune décrit cette séquence comme une série d'attaques coordonnées contre plusieurs positions militaires.
A Omdurman, une source militaire affirme que la défense antiaérienne de l'armée a réussi à intercepter les drones attaquant l'ouest de la ville.
Cette journée est importante car ce qui paraît particulièrement significatif n'est pas seulement le nombre de drones, mais la dispersion géographique des attaques.
On retrouve pratiquement un axe : Khartoum → Kordofan → Nil Bleu.
Cela indique que les FSR cherchent à démontrer qu'elles conservent une capacité de frappe à longue distance, malgré les revers ou les difficultés qu'elles rencontrent au sol dans certains secteurs.
Il faut donc éviter de conclure que les FSR sont militairement affaiblies simplement parce qu'elles rencontrent des difficultés dans certaines batailles terrestres. Les FSR bénéficient d'un soutien de taille de la part des Emirats arabes unis lesquels n'acceptent pas de céder à une défaite et qui disent déjà avoir beaucoup investi au Soudan. Sans oublier aussi que la diplomatie du gouvernement soudanais n'a pas réussi à dissuader les pays voisins d'observer au moins une neutralité dans ce conflit. L'Ethiopie, la Libye de Haftar, le Soudan du Sud, le Tchad sont directement impliqués dans le soutien militaire des FSR, selon plusieurs enquêtes dont la dernière est celle de Réuters.
La ville d’El-Obeid reste sous pression des FSR et constitue un point stratégique majeur entre le centre du Soudan et le Kordofan/Darfour. Les données de suivi des violences montrent que 27 événements de frappes de drones autour d'El-Obeid avaient déjà été enregistrés en juin, un niveau sans précédent depuis le début de la guerre.
Les frappes ont également ciblé à plusieurs reprises les infrastructures énergétiques et les stations-service de la ville. L'analyse satellitaire de Yale Humanitarian Research Lab indique notamment des dommages sur la sous-station électrique et plusieurs stations de carburant. (Yale School of Public Health )
Le danger pour El-Obeid n'est pas uniquement une offensive terrestre. C'est la combinaison siège + drones + perturbation de l'eau, de l'électricité, du carburant et des approvisionnements.
Le Kordofan reste donc le centre de gravité de la guerre
Les FSR continuent également de mettre la pression sur Dilling, au Kordofan-Sud, tandis que l'armée affirme avoir repoussé plusieurs attaques de drones. Des attaques de drones contre Dilling avaient déjà été signalées ces derniers jours.
Cela donne une configuration intéressante :
Nord-Kordofan : pression sur El-Obeid
Sud-Kordofan : pression sur Dilling et autres axes
Khartoum : frappes à distance
Nil Bleu : Damazin et zones militaires ciblées
Derrière cette nouvelle vague de frappes, on peut noter trois objectifs militaires possibles :
1. Saturer les défenses antiaériennes de l'armée.
Multiplier les attaques sur plusieurs villes oblige l’armée soudanaise à disperser ses moyens de défense.
2. Maintenir la pression psychologique.
Les FSR veulent démontrer que, même lorsque l'armée contrôle une ville, celle-ci n'est pas nécessairement à l'abri de leurs drones.
3. Préparer ou accompagner les opérations terrestres.
Les drones peuvent servir à perturber les communications, le ravitaillement, les infrastructures énergétiques et les mouvements militaires avant une opération terrestre.
Mais il faut rester prudent car une frappe de drone ne signifie pas nécessairement la préparation immédiate d'une offensive terrestre. Et il y a un autre élément important : L'utilisation croissante des drones transforme progressivement la nature de la guerre soudanaise. Les deux camps disposent désormais de capacités de drones et les utilisent de plus en plus loin de leurs lignes de front. Cela signifie que la notion d'arrière sécurisé disparaît progressivement.
Une ville comme Omdurman peut être frappée alors même que le front terrestre est très éloigné ; une ville comme El-Obeid peut subir simultanément la pression terrestre et aérienne.
Les frappes de drones dont sont responsables les deux belligérants peuvent constituer une situation extrêmement dangereuse pour les civils.
Si les frappes de drones deviennent quotidiennes et s'accompagnent d'une intensification des attaques terrestres autour des axes Bara–El-Obeid et des routes d'approvisionnement, alors nous pourrions assister à une nouvelle phase de la bataille pour la ville.
Et compte tenu de la situation humanitaire, une intensification autour d'El-Obeid pourrait provoquer non seulement une bataille militaire majeure, mais une nouvelle catastrophe de déplacement de population.
Ramy Haroun
Analyste, chercheur associé au CEDPE
Sahel 7
www.centrerecherche.com
Omdurman, dans l'État de Khartoum ;
Bahri/Khartoum Nord ;
El-Obeid, au Kordofan-Nord ;
Damazin, au Nil Bleu ;
Abu Jubeiha, au Kordofan-Sud.
Sudan Tribune décrit cette séquence comme une série d'attaques coordonnées contre plusieurs positions militaires.
A Omdurman, une source militaire affirme que la défense antiaérienne de l'armée a réussi à intercepter les drones attaquant l'ouest de la ville.
Cette journée est importante car ce qui paraît particulièrement significatif n'est pas seulement le nombre de drones, mais la dispersion géographique des attaques.
On retrouve pratiquement un axe : Khartoum → Kordofan → Nil Bleu.
Cela indique que les FSR cherchent à démontrer qu'elles conservent une capacité de frappe à longue distance, malgré les revers ou les difficultés qu'elles rencontrent au sol dans certains secteurs.
Il faut donc éviter de conclure que les FSR sont militairement affaiblies simplement parce qu'elles rencontrent des difficultés dans certaines batailles terrestres. Les FSR bénéficient d'un soutien de taille de la part des Emirats arabes unis lesquels n'acceptent pas de céder à une défaite et qui disent déjà avoir beaucoup investi au Soudan. Sans oublier aussi que la diplomatie du gouvernement soudanais n'a pas réussi à dissuader les pays voisins d'observer au moins une neutralité dans ce conflit. L'Ethiopie, la Libye de Haftar, le Soudan du Sud, le Tchad sont directement impliqués dans le soutien militaire des FSR, selon plusieurs enquêtes dont la dernière est celle de Réuters.
La ville d’El-Obeid reste sous pression des FSR et constitue un point stratégique majeur entre le centre du Soudan et le Kordofan/Darfour. Les données de suivi des violences montrent que 27 événements de frappes de drones autour d'El-Obeid avaient déjà été enregistrés en juin, un niveau sans précédent depuis le début de la guerre.
Les frappes ont également ciblé à plusieurs reprises les infrastructures énergétiques et les stations-service de la ville. L'analyse satellitaire de Yale Humanitarian Research Lab indique notamment des dommages sur la sous-station électrique et plusieurs stations de carburant. (Yale School of Public Health )
Le danger pour El-Obeid n'est pas uniquement une offensive terrestre. C'est la combinaison siège + drones + perturbation de l'eau, de l'électricité, du carburant et des approvisionnements.
Le Kordofan reste donc le centre de gravité de la guerre
Les FSR continuent également de mettre la pression sur Dilling, au Kordofan-Sud, tandis que l'armée affirme avoir repoussé plusieurs attaques de drones. Des attaques de drones contre Dilling avaient déjà été signalées ces derniers jours.
Cela donne une configuration intéressante :
Nord-Kordofan : pression sur El-Obeid
Sud-Kordofan : pression sur Dilling et autres axes
Khartoum : frappes à distance
Nil Bleu : Damazin et zones militaires ciblées
Derrière cette nouvelle vague de frappes, on peut noter trois objectifs militaires possibles :
1. Saturer les défenses antiaériennes de l'armée.
Multiplier les attaques sur plusieurs villes oblige l’armée soudanaise à disperser ses moyens de défense.
2. Maintenir la pression psychologique.
Les FSR veulent démontrer que, même lorsque l'armée contrôle une ville, celle-ci n'est pas nécessairement à l'abri de leurs drones.
3. Préparer ou accompagner les opérations terrestres.
Les drones peuvent servir à perturber les communications, le ravitaillement, les infrastructures énergétiques et les mouvements militaires avant une opération terrestre.
Mais il faut rester prudent car une frappe de drone ne signifie pas nécessairement la préparation immédiate d'une offensive terrestre. Et il y a un autre élément important : L'utilisation croissante des drones transforme progressivement la nature de la guerre soudanaise. Les deux camps disposent désormais de capacités de drones et les utilisent de plus en plus loin de leurs lignes de front. Cela signifie que la notion d'arrière sécurisé disparaît progressivement.
Une ville comme Omdurman peut être frappée alors même que le front terrestre est très éloigné ; une ville comme El-Obeid peut subir simultanément la pression terrestre et aérienne.
Les frappes de drones dont sont responsables les deux belligérants peuvent constituer une situation extrêmement dangereuse pour les civils.
Si les frappes de drones deviennent quotidiennes et s'accompagnent d'une intensification des attaques terrestres autour des axes Bara–El-Obeid et des routes d'approvisionnement, alors nous pourrions assister à une nouvelle phase de la bataille pour la ville.
Et compte tenu de la situation humanitaire, une intensification autour d'El-Obeid pourrait provoquer non seulement une bataille militaire majeure, mais une nouvelle catastrophe de déplacement de population.
Ramy Haroun
Analyste, chercheur associé au CEDPE
Sahel 7
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