Sous la loupe

Soudan : la guerre entre dans une nouvelle phase, où les défections pourraient peser autant que les combats

Vendredi 24 Juillet 2026

Les FSR accusent ces services d'avoir infiltré leurs structures afin de provoquer des divisions internes, d'exacerber les tensions communautaires, de diffuser de fausses informations et d'encourager les désertions.


le ministre soudanais de la défense

 
Au Soudan, la guerre ne se joue plus uniquement sur les lignes de front. Elle se déroule également dans les états-majors, au sein des réseaux de renseignement et dans la bataille pour la fidélité des combattants. Les récentes déclarations du ministre soudanais de la Défense, Hassan Daoud, illustrent cette évolution.
Selon le ministre, les Forces armées soudanaises (FAS) poursuivront les opérations militaires jusqu'à « l'éradication » des Forces de soutien rapide (FSR). Il affirme que ces dernières traversent une période de grande faiblesse, conséquence des pertes enregistrées sur le terrain, des désertions qui affectent leurs rangs et d'un recours accru aux pillages pour assurer leur subsistance.
Ces déclarations interviennent alors que les FAS revendiquent plusieurs avancées militaires dans les régions du Kordofan et du Darfour, deux théâtres majeurs du conflit. L'armée estime avoir repris l'initiative après des mois de combats particulièrement intenses.
L'un des faits les plus marquants est l'annonce du ralliement à l'armée d'un groupe de 280 combattants des FSR, arrivés avec 30 véhicules, ainsi que leurs armes et leurs équipements. Si ce chiffre est confirmé, il s'agirait d'un revers non négligeable pour les Forces de soutien rapide, non seulement sur le plan militaire, mais surtout sur le plan psychologique.
Dans toutes les guerres, les défections constituent souvent un indicateur de l'état réel du moral des troupes. Elles traduisent parfois une perte de confiance dans le commandement, des difficultés logistiques, un sentiment d'isolement ou encore la conviction que l'issue du conflit devient défavorable.
Pour les forces armées soudanaises, ces ralliements sont présentés comme la preuve que les FSR s'affaiblissent progressivement. L'armée insiste sur le fait que son adversaire serait désormais confronté à un manque de ressources, à des difficultés d'approvisionnement et à une perte de cohésion interne.
Les FSR proposent toutefois une lecture très différente de la situation. Elles rejettent l'idée d'un effondrement militaire et qualifient les combattants ayant changé de camp de « traîtres ». Selon leur version, ces départs ne seraient pas le résultat d'un affaiblissement de leurs capacités, mais la conséquence d'une vaste opération d'infiltration menée par les services de renseignements généraux soudanais.
Les FSR accusent ces services d'avoir infiltré leurs structures afin de provoquer des divisions internes, d'exacerber les tensions communautaires, de diffuser de fausses informations et d'encourager les désertions. Si ces accusations étaient fondées, elles montreraient que la guerre du renseignement est devenue un élément central du conflit, au même titre que les affrontements armés.
Cette dimension mérite une attention particulière, selon MS. Abdelsalam, analyste, chercheur associé au CEDPE :

Les conflits contemporains ne se gagnent plus uniquement par la puissance de feu. Ils se jouent également sur la capacité à désorganiser l'adversaire de l'intérieur. Les opérations d'influence, les campagnes de désinformation, le recrutement de sources, les négociations secrètes avec des commandants locaux et les opérations psychologiques sont désormais des instruments majeurs de la stratégie militaire.


Toutefois, il convient de rester prudent, à en croire le chercheur Ramy Haroun: Dans un conflit aussi polarisé que celui du Soudan, chaque camp cherche à contrôler le récit de la guerre. Les FAS mettent en avant les défections pour démontrer leur progression, tandis que les FSR privilégient l'explication de la trahison et de l'infiltration afin de préserver la confiance de leurs combattants et de leurs soutiens.

La réalité pourrait être plus complexe. Les défections peuvent résulter d'une combinaison de facteurs : difficultés logistiques, épuisement des combattants, rivalités internes, calculs individuels, pressions communautaires ou opérations de renseignement menées par l'adversaire.
Une chose apparaît néanmoins de plus en plus clairement : la cohésion interne devient désormais un enjeu stratégique majeur. Une force armée qui perd progressivement la confiance de ses combattants s'expose à un risque d'érosion plus dangereux encore que les pertes subies sur le champ de bataille.
Si les défections se multiplient dans les semaines à venir, elles pourraient modifier sensiblement le rapport de forces, en particulier au Darfour, où les FSR conservent encore une influence importante. A l'inverse, si ces dernières parviennent à restaurer leur discipline interne et à enrayer les départs, le conflit pourrait s'inscrire dans une nouvelle phase d'usure prolongée. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur associé au CEDPE.
Quoi qu'il en soit, la guerre soudanaise continue de produire des conséquences dramatiques pour les populations civiles. Pour l'expert en Gestion de conflits Dr. Ahmat Yacoub Dabio:

Derrière les annonces de victoires, les déclarations politiques et les batailles de communication, des millions de soudanais restent confrontés aux déplacements forcés, à l'insécurité alimentaire et à l'effondrement des services essentiels. Tant qu'aucune solution politique crédible n'émergera, les succès militaires de l'un ou l'autre camp risquent de prolonger un conflit dont le coût humain ne cesse de s'alourdir.

Sarah H. Salamane 
Analyste, chercheure associée au CEDPE
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