Image Al-arabya
Par Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
Président du CEDPE
Sahel7, www.centrerecherche.com
Le lieutenant-colonel Mohamed Azraq Al-Fangari, commandant du groupe des missions et opérations spéciales des Forces de soutien rapide (FSR), a annoncé, le 8 octobre, sa rupture avec les FSR et son ralliement aux Forces armées soudanaises (FAS). Il affirme avoir quitté les FSR avec environ 300 officiers et soldats ainsi que 30 véhicules de combat. Dans une vidéo, il a appelé ses anciens compagnons d’armes à reconsidérer leur position et à mettre fin à leur participation à une guerre qu’il qualifie de « sans cause et sans avenir ».
Cette annonce ne constitue toutefois pas un événement isolé. Depuis plusieurs mois, les FSR connaissent une succession de défections et de redditions, concernant aussi bien des commandants que des groupes de combattants. En avril, le général de division Al-Nour Ahmed Adam, dit Al-Nour Al-Qubba, présenté comme l’un des principaux commandants de terrain des FSR, avait rejoint le camp de l’armée. En septembre, un autre commandant, Al-Tayeb Al-Wahidu, a fait défection avec une cinquantaine de combattants et plusieurs véhicules. Fin août, environ 200 combattants auraient également quitté les FSR dans le Kordofan du Nord.
D'autres mouvements ont été signalés au cours de l'été. L'armée soudanaise avait notamment annoncé l'arrivée de plusieurs centaines de combattants ayant fait défection avec leur équipement. Ces mouvements ont conduit plusieurs observateurs à s'interroger sur leur impact sur la cohésion interne et les capacités opérationnelles des FSR. Une tendance réelle, mais difficile à mesurer.
La multiplication de ces ralliements constitue incontestablement un élément à prendre en compte dans l'évolution du conflit. Elle peut traduire une fatigue des combattants, des divergences internes, des difficultés militaires, des recompositions des alliances locales et tribales ou une occasion d’échapper aux atrocités dont sont responsables certains commandants des FSR. Mais il serait prématuré d'en déduire un effondrement des FSR.
Les chiffres annoncés lors des différentes défections doivent être examinés avec prudence car ils proviennent souvent des parties engagées dans le conflit et ne font pas toujours l'objet d'une vérification indépendante. Surtout, le nombre de combattants ayant fait défection doit être rapporté à l'ensemble des forces encore engagées sur le terrain. L'affirmation selon laquelle les FSR compteraient environ un million d'hommes est elle-même difficile à établir avec précision. Toutefois, les FSR disposent encore d'importantes capacités humaines et militaires.
La question essentielle n'est donc pas de savoir si les défections annoncent à elles seules la fin des FSR. La véritable question est de savoir si leur accumulation peut progressivement affecter leur cohésion, leur capacité de recrutement, leur chaîne de commandement et leur aptitude à poursuivre la guerre.
Une guerre qui ne peut pas être gagnée seulement sur le champ de bataille. Après plus de trois années de guerre, le Soudan reste confronté à une catastrophe humaine majeure. Les gains militaires enregistrés par l'un ou l'autre camp ne suffisent pas à apporter une solution durable.
Le problème est d'autant plus complexe que les deux camps disposent encore de capacités militaires importantes et que les alliances locales évoluent constamment. Les défections peuvent modifier les rapports de force, mais elles ne règlent pas les causes profondes de la guerre.
C'est pourquoi il serait dangereux de confondre avantage militaire et solution politique.
L'histoire des conflits montre qu'une partie peut progresser sur le terrain sans parvenir pour autant à construire une paix durable. Or, derrière les mouvements de troupes, les défections et les changements d'allégeance, ce sont des millions de soudanais qui continuent de payer le prix du conflit.
La paix reste la seule véritable sortie. Le ralliement de Mohamed Azraq Al-Fangari et les précédentes défections peuvent être interprétés comme des signes d'une évolution des rapports internes aux FSR. Mais ils peuvent également constituer une occasion de rappeler une évidence : plus la guerre se prolonge, plus son coût humain et social devient insupportable.
Les FSR et les Forces armées soudanaises peuvent continuer à rechercher des avantages militaires. Pourtant, aucune défection, aucune conquête territoriale et aucune victoire militaire ne remplacera durablement une solution politique.
La seule issue permettant de mettre fin aux souffrances de la population soudanaise reste donc un processus de paix crédible, négocié et accepté par les parties, accompagné de garanties permettant de rétablir progressivement la sécurité, les institutions et la vie civile.
Au-delà des FSR et de l'armée, le Soudan appartient d'abord à son peuple. C'est à lui que doivent revenir la paix, la sécurité et la possibilité de reconstruire son pays.