Il est une ironie que le football révèle sans le vouloir, ni la Russie, ni la Chine, ni les États-Unis, les trois puissances qui se disputent la domination du monde, n'ont jamais remporté la Coupe du monde de football. Sur le rectangle vert, leur hégémonie s'arrête net. Mais hors du stade, le rapport de force s'inverse brutalement. Car si ces trois géants ne tiennent pas le trophée, ils tiennent quelque chose de bien plus précieux, le ballon. Et ce ballon, c'est nous, les autres nations, les peuples du Sud, les pays dits "émergents" ou "en développement", ballottés d'un camp à l'autre au gré des intérêts stratégiques, des guerres par procuration, des ultimatums, de menaces, des sanctions économiques injustes et des zones d'influence.
On nous frappe, on nous passe, on nous centre, on nous récupère. Parfois on nous sort du jeu. Rarement on nous demande notre avis.
La Russie étend ses pions de l'Ukraine au Sahel. La Chine tisse sa toile de la mer de Chine aux ports africains. Les États-Unis déploient, redéploient, et maintiennent des bases militaires là où ils veulent, quand ils veulent. Ils imposent leurs dollars. Les trois s’imposent par leurs vetos. Et pendant ce temps, des populations entières subissent les contrecoups de rivalités auxquelles elles n'ont pas choisi de participer.
La vraie question n'est donc pas de savoir qui gagnera la prochaine Coupe du monde, ni même la prochaine guerre froide. La vraie question est à quel moment les ballons décideront-ils de ne plus jouer ?
Par Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Ancien conseiller du Médiateur de la République
Expert en Gestion de Conflits
Président du CEDPE
yacoubahmat0@gmail.com