Conflit et prévention

Tchad : 2 500 arrestations politiques depuis l’arrivée de la junte militaire au pouvoir en 2021

Vendredi 12 Juin 2026

La déchéance de nationalité de certains militants en exil est une forme supplémentaire de répression politique qui n’apparaît dans aucun bilan d’arrestations. Parmi eux, on retrouve Makaila Nguebla, ancien conseiller du chef de la junte, vivant en Europe, ainsi que l’activiste et directeur général de TchadOne, Charfadine Galmaye, également réfugié en Europe.....



 
Le nombre total de personnes arrêtées pour des raisons politiques depuis 2021 dépasse 2 500 personnes documentées, avec des vagues successives ciblant des manifestants, des militants, des opposants, des militaires et des membres de la société civile.
 
Avril–mai 2021 — Premières arrestations post-coup
Dès la prise du pouvoir par Mahamat Idriss Déby, la coalition Wakit Tama organise des manifestations réprimées. Des dizaines de militants et leaders de la société civile sont arrêtés. Les chiffres précis n'ont pas été publiés officiellement.
 
20 octobre 2022 — La vague la plus massive
C'est l'opération répressive la plus documentée de la période. Des experts mandatés par l'ONU ont recensé 1 369 arrestations et 600 emprisonnements au bagne de Koro Toro dans les jours suivant le « Jeudi » noir. Des centaines d'hommes et de garçons ont été arrêtés et emmenés à Koro Toro, une prison de haute sécurité située à 600 kilomètres de N'Djaména. Plusieurs détenus sont morts en route, certains à cause du manque d'eau. À Koro Toro, les manifestants ont subi des actes de torture et des mauvais traitements. Les prisonniers ont été détenus illégalement, maltraités et privés d'articles de première nécessité pendant les deux à trois jours de transport depuis la capitale.
lepaystchad + 2
 
Janvier 2023 — Complot présumé
En janvier 2023, dix officiers de l'armée tchadienne et un militant des droits de l'homme, Baradine Berdei Targuio, sont arrêtés et présentés comme le cerveau d'une tentative de déstabilisation. Tous condamnés à 20 ans de prison à Koro Toro, avant de bénéficier d'une grâce présidentielle en mai 2023.
Pravda Burkina Faso
 
Octobre 2023 — Arrestations des Transformateurs
En octobre 2023, à l'approche du référendum constitutionnel, des dizaines de membres du parti Les Transformateurs sont arrêtés arbitrairement.
LFM
 
Février–mars 2024 — Vague post-Yaya Dillo
Après l'assaut contre le siège du PSF et l’assassinat du leader Yaya Dillo le 28 février 2024, les autorités tchadiennes arrêtent de nombreux membres du PSF ainsi que des membres de la famille de Yaya Dillo, transportés à la prison de haute sécurité de Koro Toro. Dix membres de sa famille y sont illégalement détenus jusqu'en décembre 2024, après avoir été accusés d'atteinte à la sûreté de l'État, bien qu'ils aient ensuite été acquittés par un tribunal en juillet.
Le Matin
 
Mai 2025 — Arrestation de Succès Masra
Le 16 mai 2025, Succès Masra, ancien Premier ministre et chef du principal parti d'opposition Les Transformateurs, est arrêté tôt dans la matinée à sa résidence à N'Djaména. En août 2025, un tribunal le condamne à 20 ans de prison pour diffusion de messages haineux et complicité de meurtre, des charges politiquement motivées selon HRW. Des dizaines de coaccusés reçoivent également des peines de 20 ans d'emprisonnement.
LFM Wikipedia
 
Septembre 2024 — Robert Gam
Robert Gam, secrétaire général du PSF, est enlevé en septembre 2024 après une conférence de presse où il appelait à la libération de militants détenus arbitrairement. Il est détenu depuis sans jugement.
China Internet Information Center
 
Avril–mai 2026 — Arrestation des 8 leaders du GCAP
Le 25 avril 2026, huit responsables de la coalition d'opposition GCAP sont arrêtés. Jugés, ils sont condamnés le 8 mai 2026 à huit ans de prison dans ce qui est unanimement dénoncé par l'opposition comme un procès politique.
Amnesty International
 
Tableau récapitulatif
Période Cible Nombre arrêtés Lieu de détention Source Avr.–mai 2021 Militants Wakit Tama Dizaines N'Djaména Amnesty 20 oct. 2022 Manifestants 1 369 (ONU) Koro Toro ONU / CNDH Jan. 2023 Officiers + militant DH 11 Koro Toro Alwihda Oct. 2023 Militants Transformateurs Dizaines N'Djaména HRW Fév.–mars 2024 Militants PSF + famille Dillo Plusieurs dizaines Koro Toro HRW 2024 Opposants divers + exils forcés Non chiffré Divers HRW / JA Sept. 2024 Robert Gam (PSF) 1 Secret AN France Mai 2025 Succès Masra + coaccusés 50+ N'Djaména HRW Avr.–mai 2026 Leaders GCAP 8 N'Djaména Africanews TOTAL estimé   1 600–2 000+    
 
Ce que les chiffres ne couvrent pas
Les critiques sont de plus en plus vives face aux restrictions de l'espace civique et politique. Des évêques ont demandé au président d'amnistier les opposants politiques, citant notamment Succès Masra et le général Idriss Youssouf Boy, ancien directeur de cabinet du président, tombé en disgrâce et emprisonné depuis plusieurs mois.
Pravda France
D’après une information relayée sur les réseaux sociaux, la requête de l’ancien président Goukouni Weddey adressée au chef de la junte, le maréchal Mahamat Idriss Déby, pour accorder la grâce à Dr. Succès Masra, est restée sans suite. Cette initiative aurait été entreprise à la demande de Dr. Succès Masra.
A ce bilan déjà documenté, s’ajoutent des centaines de cas passés sous silence : militants locaux arrêtés discrètement, journalistes intimidés ou brièvement détenus, membres de la société civile forcés à l’exil, comme l’expert en gestion de conflits et président du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme (CEDPE), le Dr Ahmat Yacoub Dabio, vivant à Istanbul après avoir échappé à une arrestation début mai 2024, à la veille de l’annonce des résultats de l’élection présidentielle.
 
La déchéance de nationalité de certains militants en exil est une forme supplémentaire de répression politique qui n’apparaît dans aucun bilan d’arrestations. Parmi eux, on retrouve Makaila Nguebla, ancien conseiller du chef de la junte, vivant en Europe, ainsi que l’activiste et directeur général de TchadOne, Charfadine Galmaye, également réfugié en Europe. Figurent aussi l’ancien président de la commission de paix et de sécurité de l’Union africaine et ex-premier ministre Moussa Faki, l’ancien ministre des Affaires étrangères Mahamat Zène Chérif, ainsi que deux anciens ministres de la Défense, les généraux Mahamat Abbadi Saleh et Mahamat Nour Abdelkerim. Nous reviendrons sur le cas des exilés et réfugiés tchadiens.


MS. Abdelsalam et Sarah H. Salmane
Analystes, chercheurs associés au CEDPE
www.centrerecherche.com


Lire également: 2 400 morts dans des conflits communautaires et politiques, depuis l’arrivée de la junte militaire au pouvoir au Tchad

Sources consultées:
Pravda Burkina Faso
lepaystchad + 2
LFM
LFM Wikipedia
Le Matin
China Internet Information Center
Amnesty International
Pravda France
Sahel7
Archives CEDPE
www.centrerecherche.com
Liberté Sans Frontière

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