Tchad : Comment l’ancien rebelle Tom Erdimi est devenu un homme d’Etat populaire

Mardi 14 Avril 2026

Le fait que Tom Erdimi ait été à la fois proche du régime de Idriss Déby Itno puis opposant, lui confère une image d’homme ayant une connaissance profonde du système »...


Par Constant Danimbe
Aujourd'hui l'Afrique


Depuis son départ du gouvernement, Tom Erdimi vit reclus dans son domicile à N’Djamena, la capitale du Tchad. L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur filtre ses invités et n’accepte aucune sollicitation de la presse. Difficile de confirmer les rumeurs qui annoncent son retour à un poste élevé de l’administration de son pays. C’est en tout cas le souhait de nombreux Tchadiens, qui présentent, invariablement, l’ancien ministre comme un « grand » homme d’Etat.

Au Tchad, la popularité de Tom Erdimi est incontestable. Ceux qui en doutait encore ont dû se raviser ces dernières semaines. Nous sommes au début du mois de février quand ce au lendemain de la démission de ce géophysicien dépose sa démission, qui va par la suite être acceptée par le président Mahamat Idriss Déby. Ce départ, qui a surpris tout le monde, va s’accompagner d’un concert de témoignages de reconnaissance, qui présentent Tom Erdimi comme un ministre compétent. 

Réformes 

Gédéon Azoudoum Aweina, analyste politique, est convaincu que le passage de Tom Erdimi au ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation professionnelle dans le gouvernement de Allamaye Halina a contribué à rendre ce dernier sympathique auprès de l’opinion tchadienne. « A sa nomination en 2022, l’enseignement supérieur au Tchad se trouvait à genoux. Il a sans tarder, mais surtout sans tambour battant, entrepris des réformes profondes qui ont redressé et consolider l’univers académique », explique ce fin connaisseur de la vie politique de son pays. 

Tom Erdimi a bien un bilan à défendre à l’enseignement supérieur. C’est lui qui a mis fin à l’élasticité de l’année académique. Avant lui, on savait quand commençait une année académique, mais il fallait être patient pour la suite. « Pour la troisième année consécutive, les étudiants achèvent les programmes dans le délai régulier », confie Gédéon Azoudoum Aweina. Ce dernier ajoute plusieurs autres réussites à l’actif de Tom Erdimi : la multiplication des établissements universitaires, la régularisation de la promotion des enseignants ou encore la gestion des grèves sur le campus. 

En plus de ce bilan, jugé élogieux, Ahmat Yacoub Dabio, le président du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme (CEDPE), pense aussi que le départ du gouvernement a contribué à renforcer la popularité de Tom Erdimi au Tchad. « Dans un environnement où le maintien au poste est souvent privilégié, partir peut-être interpréter comme un acte d’intégrité ou de désaccord. Cela renforce sa crédibilité, notamment auprès des jeunes et du milieu estudiantin », analyse Ahmat Yacoub Dabio.

Mais le passage de Tom Erdimi au gouvernement et sa démission trois ans après ne peuvent pas tout expliquer. Plusieurs observateurs de la vie politique tchadienne s’accordent à dire que le parcours hybride de cet intellectuel, issu de la tribu Zaghawa comme les Déby, est essentiel pour comprendre sa popularité actuelle. A ses débuts, Tom Erdimi et son frère jumeau Timan vont tout d’abord travailler à assoir le régime de leur cousin, l’ancien président Idriss Déby Itno. Tout bascule en 2005 dès 2005, à la suite de la modification de la Constitution. Tom Erdimi s’oppose fermement à cette modification et rejoint la rébellion au sein de l’Union des forces de la résistance (UFR) avec la Lybie pour base arrière pendant quinze années. 

« Il faut comprendre que le Tchad est un système politique où les trajectoires hybrides entre pouvoir et rébellion ne sont pas nécessairement disqualifiantes. Au contraire, elles peuvent renforcer la crédibilité d’un acteur. Le fait que Tom Erdimi ait été à la fois proche du régime de Idriss Déby Itno puis opposant, lui confère une image d’homme ayant une connaissance profonde du système », explique Ahmat Yacoub Dabio. 

Le président du CEDPE nuance quand même en indiquant que cette popularité reste conjoncturelle et dépendra de la capacité de Tom Erdimi à proposer une véritable alternative politique. Sauf que très peu de personnes sont pour le moment dans cette confidence.  

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