Sous la loupe

Tchad-France : le retour de Paris peut-il inquiéter l’AES et la Centrafrique ?

Mercredi 14 Octobre 2026

Derrière la relance de la coopération militaire entre Emmanuel Macron et le chef de la junte au pouvoir le maréchal Mahamat Idriss Déby se dessinent des enjeux qui dépassent les relations bilatérales : sécurité de la junte au pouvoir au Tchad régime, repositionnement stratégique français et méfiance des voisins.



Par Sarah H. Salmane
analyste, chercheure

associée au CEDPE

La signature, le 13 octobre 2026 à Paris, d’une déclaration d’intention sur la coopération militaire marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre la France et le Tchad, après le départ des troupes françaises début 2025. Le document prévoit notamment de développer la formation, l’expertise, les capacités technologiques et industrielles de défense. Il ne constitue toutefois pas, en lui-même, un accord de défense garantissant une intervention militaire française en cas d’attaque contre le Tchad. Cet événement survient à un moment où tous les facteurs sont réunis pour un risque d’affrontements militaires. D’un côté, le Tchad est accusé par les États de l’AES de s’être impliqué dans la déstabilisation du Niger, et de l’autre, le Soudan et la Centrafrique reprochent au maréchal de soutenir des mouvements rebelles contre les autorités en place. Ce qui complique encore la situation, c’est la multiplication des groupes rebelles au Soudan et aux confins de la Libye, qui s’organisent pour lancer des hostilités contre le pouvoir militaire au Tchad.
Voilà pourquoi, pour N’Djamena, le rapprochement répond également à des préoccupations concrètes : la dégradation de l’environnement régional, les conséquences de la guerre au Soudan et la crainte de nouvelles incursions de groupes armés. Selon Le Monde, les discussions portent notamment sur la formation, le renseignement et la possibilité de fournir des équipements militaires
 
Pour Paris, le Tchad représente un point d’appui stratégique au cœur du continent, à proximité du Soudan, de la Libye, de la Centrafrique et des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Après avoir perdu ses positions militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, puis quitté le Tchad, la France cherche à préserver une capacité d’action régionale et des relations de sécurité avec des partenaires africains.
 
Cette reprise de coopération peut néanmoins susciter des interrogations au sein de l’AES, en Centrafrique et au Soudan. Dans un contexte marqué par la défiance envers les interventions occidentales, certains responsables ou observateurs pourraient y voir une tentative française de retrouver une influence militaire et politique dans une région où elle a subi plusieurs revers.
Il faut toutefois distinguer ces inquiétudes stratégiques d’une opposition officielle et coordonnée de ces États à l’accord, qui ne peut être affirmée sans déclarations précises de leurs autorités.
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Sources exploitées:
Le Monde
Sahel7
www.centrerecherche.com