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Tchad-Israël: Les enjeux géostratégiques (conférence débat du 5 février)

Rédigé le Mercredi 6 Février 2019 à 15:31 | Lu 75 fois | 0 commentaire(s)

Le rétablissement des relations diplomatiques entre le Tchad et l’Israël est une thématique d’actualité. Il est perçu par un bon nombre des tchadiens comme un sujet tabou et sensible. Pour le fait qu’il soulève de polémiques, le CEDPE a décidé d’organiser ce Mardi 05 février 2019 une conférence débat autour du thème « les relations Tchad-Israël : les enjeux géostratégiques » afin de lever l’équivoque sur ce sujet. Cette conférence qui se veut objectif et apolitique, avait pour but de parler des retombées pour le Tchad et Israël.


Le modérateur Dr. Ahmat Yacoub Dabio, lors de son propos introductif, a fait mention de l’importance et des objectifs de ce thème. Il a souligné qu’il faudrait que ce thème soit abordé en toute objectivité et neutralité, tout en évitant de l’aborder sous un angle politique et religieux. Ce débat sera axé premièrement sur les retombées des relations Tchad-Israël, autrement dit ce que le Tchad gagnera et le profit qu’Israël tirera de cette relation, a-t-il laissé entendre. Deuxièmement, il évoquera le profit que le Tchad a eu à tirer de sa relation avec les pays arabes. Ensuite faire l’état de lieu des 47 ans de rupture avec Israël et évoquer la position des pays arabes par rapport au rétablissement des relations entre le Tchad et Israël. Après avoir présenté les panelistes, Dr. Ahmat Yacoub Dabio a passé la parole à M. Kebir Mahamat Abdoulaye qui n’a pas manqué de faire l’historique d’Israël. Il a abordé ce thème sous l’aspect économique et politique. Ce rétablissement des relations s'est passée dans des conditions rapides et secrètes, a-t-il déclaré. Israël est une économie capitaliste, il est actif dans le domaine industriel, technologique, et est connu comme un pays qui n’apporte pas d'aides publiques au développement des pays. Qu’est-ce que le Tchad peut exporter en Israël à travers cette relation ? Les gens pensent que le Tchad peut tirer profit dans le domaine agricole à travers le rétablissement de cette relation, a-t-il affirmé. En résumé, M. Kebir émet des forts doutes sur un quelconque profit du Tchad. Dr. Ahmat Yacoub Dabio, en reprenant la parole, a souligné que le Tchad avait rompu ses relations avec Israël en 1972 parce que les pays arabes, en l’occurrence la Libye et l’Arabie saoudite, avaient promis de venir en aide à Ngarta Tombalbaye qui avait besoin d’un soutien financier qu’Israël n’était pas en mesure de donner.

Mr. Abbas Al-Hassan, lors de sa prise de parole, a affirmé que le rétablissement de cette relation permettra au régime en place de renforcer la capacité de son armée ainsi que celle des agents de renseignement (ANS). L’intérêt du Tchad dans cette relation est beaucoup plus sécuritaire, a-t-il conclu.

Mr. Mansour Abdel-Malik a souligné que cette relation est basée sur des intérêts économiques et militaires. Les pays qui ont des bons rapports avec Israël ne sont pas critiqués tandis que ceux qui n’entretiennent pas de bonnes relations avec lui font l’objet de critiques, a-t-il déclaré.

Quel est l’intérêt d’Israël dans cette relation ? C'est la question posée par un élève du lycée Le Repère. Pour M. Abderamane Mahamat Abakaray, élève du lycée Le Repère, « l’intérêt d’Israël au Tchad se trouve dans l’exploitation de nos richesses minières pour renforcer son nucléaire ».

Pour sa part, M. Al-Habbo Mahamat Saleh, cadre supérieur de l’Etat, chercheur et ancien ambassadeur du Tchad en Russie, regrette que le Tchad ne soit pas préparé pour profiter du rétablissement de cette relation parce que, dit-il : « nous avons des cadres qui sont à majorité analphabètes, avec cela comment pourrons nous faire le transfert de compétence ? », s’est interrogé l’ancien ambassadeur du Tchad en Russie qui est lui-même ingénieur en pétrochimie.

Abouna worimi, élève au lycée Le Repère, se demande : « Pourquoi ne pas tisser des relations avec Israël s'il peut nous aider dans le domaine de l’agriculture ? ». L’élève du même lycée, Sadam Ahmat s’est interrogé : « avec ce renouement des relations Tchad-Israël, quel sera le sort du Tchad face à l’Arabie Saoudite et les autres pays arabes ? ». La lycéenne Achta Daoud s’est demandé si Israël aidera militairement le Tchad en cas de difficultés ? Mais le lycéen Bourma Tahir estime que « le rétablissement de ces relations est la conséquence du soutien de Qatar aux rebelles tchadiens ». "Non", s’interpose Melle Achta Rozzi qui voit que « le rétablissement de cette relation profitera beaucoup plus au régime en place et non à tous les tchadiens ».

En 47 ans de rupture avec l’Etat Hébreu, "quelles sont les retombées des relations avec les pays arabes ?", s’interroge un participant. M. Mansour Malik prend la parole et souligne que les pays arabes ont beaucoup fait pour le Tchad. Toutefois, M. Ibrahim Moussa Youssouf a mentionné que les projets financés par les pays arabes ne sont pas visibles : "Nous voulons des projets concrets qui peuvent absorber le chômage à l’exemple de CIMAF (marocain) qui recrute plusieurs jeunes tchadiens", a-t-il déclaré. Certes, a renchérit un participant qui rappelle que les pays arabes n’ont pas contribué à l’industrialisation de ce pays et certains médiatisent les vivres qu’ils offrent aux plus démunis.

Mr. Ahmat Haroun Larry, en prenant la parole, souligne que "les pays arabes avaient utilisé la religion comme un outil géostratégique et que la rébellion au Tchad est financée pour la plupart par ces pays qui ont formé des arabophones pour déstabiliser le Tchad". Il poursuit en disant que "le régime en place a rétabli les relations avec Israël pour contrecarrer ces pays arabes qui financent les rebelles tchadiens. Le Tchad a actuellement besoin d’un interlocuteur à Washington, ce rétablissement permettra au Tchad de se rapprocher des Etats unis", déclare-t-il.

"Non, tous les arabophones ne sont pas des rebelles et les chefs rebelles n’ont jamais été des arabophones", a tenu à rappeler le modérateur.

Le débat était impressionnant et les lycéens du lycée Le Repère étaient impliqués dans la prise de parole. Beaucoup veulent continuer à débattre de cette thématique restée tabou depuis le déplacement du Président Idriss Deby en Israël et la visite éclair au Tchad, le 20 janvier, du premier ministre israélien, M. Benyamin Netanyahou. Cependant, faute de temps, le modérateur a pris la parole pour clôturer cette conférence, d’une heure et quart, qui a réuni plus de 60 participants dont 35 élèves du Lycée Le Repère. Toutefois, le CEDPE, à la demande des participants, a promis d’organiser une deuxième rencontre.

Après le lycée Dar Toumaï le 29 janvier et le lycée Le Repère le 5 février, rendez-vous mardi 12 février avec le lycée Fidélité sur le thème : « l’extrémisme violent dans les établissements scolaires, comment le prévenir ? ».

Au cours de ce débat, le panel était composé de Dr. Ahmat Yacoub Dabio (modérateur), M. Kebir Mahamat Abdoulaye, directeur des statistiques et de la communication de l’autorité de régulation des marchés publics, M. Ibrahim Moussa Youssouf, enseignant chercheur et conseiller du CEDPE, M. Ahmat Haroun Larry, président du groupe de réflexion sur l’avenir et la construction du Tchad (GRAC Tchad) et M. Abbas Al-Hassan, secrétaire à l’encadrement et à la formation des droits de l'Homme de la Convention tchadienne de défense des droits de l'Homme (CTDDH, société civile).




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