La note circulaire du ministère de l’Éducation nationale, du Bilinguisme et de la Promotion civique rendant obligatoire l’enseignement de l’arabe dès la prochaine rentrée scolaire continue de susciter des réactions contrastées au sein de l’opinion publique tchadienne. Dans une analyse nuancée, le chercheur Dr Ahmat Yacoub Dabio invite à dépasser les lectures émotionnelles pour replacer le débat dans une perspective scientifique et sociolinguistique. Selon lui, l’enseignement des langues, qu’il s’agisse de l’arabe ou du français, ne saurait être réduit à une question religieuse ou géographique, mais doit être compris comme un outil de connaissance, de communication et de développement des compétences.
La note circulaire du ministère de l’Éducation nationale, du Bilinguisme et de la Promotion civique rendant obligatoire l’enseignement de l’arabe dès la prochaine rentrée scolaire continue de susciter des réactions contrastées au sein de l’opinion publique tchadienne. Dans une analyse nuancée, le chercheur Dr Ahmat Yacoub Dabio invite à dépasser les lectures émotionnelles pour replacer le débat dans une perspective scientifique et sociolinguistique. Selon lui, l’enseignement des langues, qu’il s’agisse de l’arabe ou du français, ne saurait être réduit à une question religieuse ou géographique, mais doit être compris comme un outil de connaissance, de communication et de développement des compétences.
Dr Dabio souligne que les attitudes envers les langues dans un pays multilingue comme le Tchad sont loin d’être homogènes. Elles sont façonnées par des facteurs historiques, politiques et sociaux, rendant toute généralisation hasardeuse. Il estime ainsi que l’idée d’un rejet massif de la langue arabe dans le sud du pays n’est pas scientifiquement établie en l’absence d’enquêtes de terrain rigoureuses et d’études représentatives. Les données disponibles, selon lui, mettent plutôt en évidence une diversité d’opinions, sans consensus social clair ni position uniforme vis-à-vis des langues d’enseignement.
Dans cette perspective, l’analyste appelle à une approche fondée sur des données empiriques pour guider les politiques linguistiques, plutôt que sur des perceptions ou des discours généralisants. Il rappelle que l’efficacité d’une langue dans une société ne dépend pas uniquement de son statut officiel, mais surtout de son utilité pratique, de son acceptation progressive et des politiques d’inclusion mises en œuvre. Pour lui, la contrainte linguistique ou les décisions unilatérales risquent davantage de renforcer les résistances que de favoriser l’adhésion.
Abordant la dimension historique du débat, Dr Dabio rappelle que les tensions linguistiques ne sont pas nouvelles au Tchad. Il évoque notamment une époque où, dans certaines régions comme le Ouaddaï, le rejet du français était prononcé, allant jusqu’à des perceptions négatives envers les francophones. Cette mémoire, selon lui, doit servir de leçon : les dynamiques linguistiques évoluent avec le temps et ne peuvent être figées dans des oppositions identitaires rigides.
Enfin, le chercheur plaide pour que les autorités éducatives privilégient une stratégie d’ouverture, permettant l’apprentissage de plusieurs langues à l’école, accompagnée d’une vaste campagne d’information et de sensibilisation. Une telle démarche, conclut-il, contribuerait à mieux faire comprendre le rôle des langues dans le monde du travail, l’accès au savoir et le développement national, tout en apaisant les crispations actuelles autour de la réforme.