Sous la loupe

Un enfant de 15 ans entre les mains de la junte - quand la répression n'a plus de limite d'âge

Lundi 29 Juin 2026

Une question demeure, simple et dérangeante, un pays qui en arriverait à arrêter et torturer un enfant pour un message publié en ligne aurait-il encore le droit de se présenter comme un État de droit ?



Selon des informations relayées au Tchad, Ahmat Mahdi, un adolescent de 15 ans, aurait été arrêté avec son père le 26 juin 2026 à Amtimane, pour avoir critiqué le chef de la junte sur les réseaux sociaux. Il aurait ensuite été "transféré à la Légion n° 10 de N'Djaména, puis conduit vers une destination tenue secrète" (TchadOne). Selon des sources proches des forces de défense et de sécurité, l'enfant aurait subi des violences et des actes de torture. Le Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme (CEDPE) a appelé à sa libération immédiate, rappelant qu'à quinze ans, sa place est à l'école, pas dans un lieu de détention inconnu.
Ces éléments, à ce stade, n'ont pas été confirmés de façon indépendante. Mais ils ne tombent pas dans un vide : ils s'inscrivent dans un schéma de répression désormais largement documenté par des organisations de défense des droits humains, qui recensent plus de 2 500 arrestations politiques au Tchad depuis l'arrivée de la junte au pouvoir en 2021, et plusieurs milliers de morts dans des violences communautaires et politiques sur la même période. Dans ce contexte, l'éventualité qu'un adolescent de 15 ans soit arrêté pour une publication sur les réseaux sociaux n'a, hélas, rien d'invraisemblable.

Une radicalisation qui ne surprend plus personne. Pour l'homme de la rue tchadien, le durcissement du chef de la junte n'est plus une nouvelle. Depuis 2021, les organisations de défense des droits humains documentent un usage de plus en plus systématique de l'arrestation arbitraire et de la détention au secret contre toute voix dissidente — opposants, militants, simples citoyens. Ce qui interroge ici, ce n'est donc pas la nature du procédé, déjà bien connu, mais son extension à un mineur. Que l'on puisse envisager d'arrêter et de faire disparaître dans un lieu inconnu un enfant de 15 ans, avec son père, pour de simples propos publiés en ligne, marque un seuil supplémentaire dans l'érosion des limites que même un pouvoir autoritaire est censé respecter.

 
Ce que dit le droit, et ce qu'il devrait empêcher. Sur le plan strictement juridique, la réponse est sans ambiguïté. Le Tchad est partie à la Convention internationale des droits de l'enfant et à la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, qui imposent toutes deux que l'intérêt supérieur de l'enfant prime sur toute autre considération, que la détention d'un mineur soit une mesure de tout dernier recours, strictement encadrée, et que la torture soit absolument prohibée en toute circonstance, sans exception possible liée à l'âge de la victime ou à la nature des propos qui lui sont reprochés. La Constitution tchadienne elle-même consacre des garanties judiciaires précises pour toute personne détenue, garanties théoriquement renforcées lorsque la personne concernée est mineure, avec l'obligation de saisir un juge pour enfants.
Aucun texte, nulle part, n'autorise qu'un adolescent soit puni pour avoir exprimé une opinion, fût-elle critique envers le pouvoir. Et aucun texte n'autorise davantage qu'il soit détenu dans un lieu tenu secret, hors de portée de sa famille et de tout contrôle judiciaire — une pratique qui, si les informations rapportées se confirment, s'apparenterait à une disparition forcée, l'une des violations les plus graves reconnues par le droit international.

Une question de principe, au-delà du cas individuel. Ce qui est en jeu dépasse le sort d'un seul enfant, aussi grave celui-ci soit-il s'il se confirme. C'est la question de savoir si, dans le Tchad d'aujourd'hui, il existe encore une limite que le pouvoir s'interdit de franchir — un âge en deçà duquel un citoyen, même critique, ne peut être traité comme un ennemi de l'État. Que cette limite semble aujourd'hui incertaine, ou en tout cas suffisamment fragile pour qu'une telle allégation paraisse plausible aux yeux de l'opinion, en dit long sur l'état du pacte qui devrait lier un gouvernement à sa population, y compris la plus jeune et la plus vulnérable.
 

L'appel du CEDPE à une libération immédiate, s'il vise un cas réel, devrait recueillir un soutien sans réserve, par-delà les clivages politiques. La défense d'un enfant ne devrait jamais être une question partisane. Et si, comme le redoutent les sources citées, des violences ont effectivement été exercées sur ce mineur, l'affaire ne relèverait plus seulement d'une bavure administrative, mais d'un acte que le droit international qualifie, sans détour, de crime.

Toutefois, une question demeure, simple et dérangeante, un pays qui en arriverait à arrêter et torturer un enfant pour un message publié en ligne aurait-il encore le droit de se présenter comme un État de droit ?

Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Ancien Conseiller chargé de Mission du Médiateur de la République
Expert en gestion de conflits
Président du CEDPE
Tel/Watsup: 00 235 99860817 
Yacoubahmat0@gmail.com

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