Au Tchad, le chef de la junte soutient son ministre contre la magistrature — les contradictions d'un pouvoir à deux vitesses

Vendredi 29 Mai 2026

L'ironie de l'histoire est saisissante : le chef de la junte invoque aujourd'hui la liberté d'expression pour couvrir les débordements de son ministre, lui qui maintient en détention depuis plus d'un mois des leaders de partis politiques dont le seul tort était de se réunir pour échanger sur la situation sociopolitique du pays.



Le chef de la junte tchadienne a apporté son soutien public à son ministre de la sécurité, au cœur d'un bras de fer avec la magistrature. Ce dernier, conscient du caractère intenable de sa position après avoir publiquement diffamé des juges et appelé à déchirer leurs ordonnances, a néanmoins présenté ses excuses une nouvelle fois ce vendredi matin, malgré le bouclier politique dont il bénéficie.
 
Cet épisode révèle, une fois de plus, les profondes contradictions d'un système où la justice, trop souvent complice du pouvoir, ne s'émeut guère de voir des centaines de personnes jetées injustement en prison. Un système où le corrompu, le pervers ou le criminel peut échapper à toute sanction dès lors qu'il est protégé par des liens de sang, d'amitié ou d'intérêt.
 
C'est dans ce même pays que cette justice aux ordres a jadis condamné l'ancien Premier ministre, le Dr. Masra, pour s'être librement exprimé sur les injustices de son temps.
 
L'ironie de l'histoire est saisissante : le chef de la junte invoque aujourd'hui la liberté d'expression pour couvrir les débordements de son ministre, lui qui maintient en détention depuis plus d'un mois des leaders de partis politiques dont le seul tort était de se réunir pour échanger sur la situation sociopolitique du pays.
 
Deux poids, deux mesures. Une liberté à géométrie variable. Tel est le visage du Tchad d'aujourd'hui. La vraie question que les syndicats de magistrats devraient se poser n'est pas seulement : comment répondre à l'offense du ministre ? Elle est aussi :
avons-nous le courage de reconnaître notre propre part de responsabilité dans la défiance que les Tchadiens éprouvent envers leur justice ?


Ce que la magistrature devrait exiger en profitant de cette occasion en or:
Une justice indépendante ne se proclame pas, elle se construit par des mécanismes institutionnels que le pouvoir exécutif ne peut pas contourner. Concrètement, cela signifie que le Procureur de la République ne devrait pas être nommé sur décision gouvernementale, mais désigné par un Conseil supérieur de la magistrature dont la composition serait majoritairement élue par les magistrats eux-mêmes. Que le Président de la Cour suprême et celui du Conseil constitutionnel ne devraient pas leur poste à la signature présidentielle, mais à un processus transparent, éventuellement soumis à la confirmation parlementaire.

MS. Abdelsalam

Chercheur associé au CEDPE

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