Le ministre de la Sécurité publique, le général Ali Ahmat Aghabache, a commis une faute grave et publique. En ordonnant de « déchirer » une ordonnance judiciaire lors d'une réunion avec des maires de N'Djaména, et en qualifiant les magistrats de corrompus tout en appelant des responsables communaux à ignorer des décisions de justice, il a porté une atteinte sérieuse à l'autorité de l'État de droit. Les syndicats de magistrats ont eu raison de réagir avec fermeté, de porter plainte et de refuser des excuses sans contrepartie.
Mais s'arrêter là serait incomplet. Et intellectuellement malhonnête.
La justice aussi a des comptes à rendre
Le ministre a dit une sottise et il l'a dite publiquement, ce qui aggrave la faute. Mais ce qu'il a dit, des millions de Tchadiens le pensent en silence depuis des années. Non pas parce qu'ils approuvent sa méthode, mais parce que leur expérience quotidienne de la justice leur a appris, souvent à leurs dépens, qu'elle fonctionne à deux vitesses. Une vitesse pour ceux qui ont les moyens de payer, et une autre pour les autres.
Des justiciables floués par des magistrats qui monnayent leurs décisions. Des accusés libérés non par la loi, mais par l'argent glissé dans une enveloppe. Des affaires foncières tranchées en faveur du plus offrant. Des avocats complices de ce système, parfois plus intéressés par les honoraires que par la défense de leurs clients. Ces réalités ne sont pas des rumeurs, elles sont documentées, vécues, et largement connues.
La vraie question que les syndicats de magistrats devraient se poser ce 26 mai n'est pas seulement : comment répondre à l'offense du ministre ? Elle est aussi : avons-nous le courage de reconnaître notre propre part de responsabilité dans la défiance que les Tchadiens éprouvent envers leur justice ?
Le courage des excuses doit être réciproque
Il faut du courage pour porter plainte contre un ministre tout-puissant dans un régime autoritaire. Cela, on peut le reconnaître. Mais il faut un courage encore plus rare pour regarder en face ses propres défaillances institutionnelles et en demander pardon aux victimes.
Les syndicats SMT et SYAMAT ont aujourd'hui une occasion historique de faire bien plus que défendre la dignité blessée du corps judiciaire. Ils pourraient prendre la parole publiquement pour reconnaître que des magistrats corrompus existent, que des décisions ont été rendues sous pression ou contre espèces, que des justiciables pauvres et sans relations ont été écrasés par une institution qui aurait dû les protéger. Et s'engager, au-delà des mots, sur des mécanismes concrets de changement.
Cette reconnaissance ne serait pas une faiblesse, ce serait le seul acte capable de redonner à la justice une crédibilité que les procédures judiciaires et les communiqués syndicaux ne peuvent pas, seuls, lui rendre.
Tchad: Deux institutions corrompues face au même miroir (partie 2)
MS. Abdelsalam
Chercheur associé au CEDPE
Mais s'arrêter là serait incomplet. Et intellectuellement malhonnête.
La justice aussi a des comptes à rendre
Le ministre a dit une sottise et il l'a dite publiquement, ce qui aggrave la faute. Mais ce qu'il a dit, des millions de Tchadiens le pensent en silence depuis des années. Non pas parce qu'ils approuvent sa méthode, mais parce que leur expérience quotidienne de la justice leur a appris, souvent à leurs dépens, qu'elle fonctionne à deux vitesses. Une vitesse pour ceux qui ont les moyens de payer, et une autre pour les autres.
Des justiciables floués par des magistrats qui monnayent leurs décisions. Des accusés libérés non par la loi, mais par l'argent glissé dans une enveloppe. Des affaires foncières tranchées en faveur du plus offrant. Des avocats complices de ce système, parfois plus intéressés par les honoraires que par la défense de leurs clients. Ces réalités ne sont pas des rumeurs, elles sont documentées, vécues, et largement connues.
La vraie question que les syndicats de magistrats devraient se poser ce 26 mai n'est pas seulement : comment répondre à l'offense du ministre ? Elle est aussi : avons-nous le courage de reconnaître notre propre part de responsabilité dans la défiance que les Tchadiens éprouvent envers leur justice ?
Le courage des excuses doit être réciproque
Il faut du courage pour porter plainte contre un ministre tout-puissant dans un régime autoritaire. Cela, on peut le reconnaître. Mais il faut un courage encore plus rare pour regarder en face ses propres défaillances institutionnelles et en demander pardon aux victimes.
Les syndicats SMT et SYAMAT ont aujourd'hui une occasion historique de faire bien plus que défendre la dignité blessée du corps judiciaire. Ils pourraient prendre la parole publiquement pour reconnaître que des magistrats corrompus existent, que des décisions ont été rendues sous pression ou contre espèces, que des justiciables pauvres et sans relations ont été écrasés par une institution qui aurait dû les protéger. Et s'engager, au-delà des mots, sur des mécanismes concrets de changement.
Cette reconnaissance ne serait pas une faiblesse, ce serait le seul acte capable de redonner à la justice une crédibilité que les procédures judiciaires et les communiqués syndicaux ne peuvent pas, seuls, lui rendre.
Tchad: Deux institutions corrompues face au même miroir (partie 2)
MS. Abdelsalam
Chercheur associé au CEDPE