Ce qui était présenté comme une lutte implacable contre la corruption apparaît désormais, pour de nombreux observateurs, comme une vaste opération de communication. Selon des informations concordantes recueillies auprès de sources internes à l’administration financière, la junte au pouvoir aurait méthodiquement neutralisé les mécanismes de contrôle afin de protéger un système de détournement massif des ressources publiques.
Au centre de cette affaire : l’interdiction formelle faite au contrôleur général de la lutte contre la corruption d’auditer plusieurs banques pourtant soupçonnées de graves irrégularités. Ces institutions financières sont accusées d’avoir collecté des fonds appartenant à l’État sans en assurer la traçabilité, tout en se soustrayant au paiement des impôts et taxes dus au Trésor public.
« On nous a clairement dit d’arrêter. Le message était simple : certaines banques sont intouchables », confie sous anonymat un haut cadre impliqué dans les mécanismes de contrôle financier.
Selon plusieurs experts interrogés, cette mise sous cloche du secteur bancaire aurait permis le détournement de sommes colossales. Des documents internes et des témoignages recoupés évoquent un montant vertigineux : près de 27 000 milliards de FCFA auraient été siphonnés au fil des années sous le régime de la junte.
« Sans contrôle bancaire, il n’y a pas d’État. Tout devient possible : fausses créances, transferts opaques, comptes parallèles », explique un ancien responsable du Trésor public aujourd’hui écarté de l’administration.
Le contrôleur général lui-même aurait tenté à plusieurs reprises d’alerter les autorités sur la nécessité de bancariser l’ensemble des actifs financiers de l’État, une réforme pourtant considérée comme minimale par les standards internationaux. Mais chaque tentative se serait heurtée à un refus politique catégorique.
« La liquidité est leur arme. Tant que l’argent circule hors des banques et sans trace, le système tient », affirme une source proche du dossier.
La comparaison régionale met encore davantage en lumière l’ampleur du blocage. Au Rwanda, les paiements en espèces sont quasi inexistants dans les services publics ; même les hôpitaux refusent le cash. Cette dématérialisation a considérablement réduit les possibilités de détournement. Ici, à l’inverse, le maintien du liquide apparaît comme un choix stratégique.
Pour plusieurs analystes, l’entrave au contrôle bancaire n’est ni accidentelle ni temporaire. Elle serait au cœur d’un système organisé de prédation financière, protégé au plus haut niveau de l’État.
« Tant que les organes de contrôle sont muselés, la corruption n’est pas un dysfonctionnement : c’est un mode de gouvernance », résume un économiste indépendant.
Alors que les révélations s’accumulent, une question devient incontournable : comment un régime qui revendique la moralisation de la vie publique peut-il interdire à son propre contrôleur général d’examiner les circuits financiers les plus sensibles ? Pour beaucoup, la réponse ne fait plus de doute. Derrière le discours officiel, l’impunité serait la véritable colonne vertébrale du système.
Par Mme Agnès Jean
Sahel7
Au centre de cette affaire : l’interdiction formelle faite au contrôleur général de la lutte contre la corruption d’auditer plusieurs banques pourtant soupçonnées de graves irrégularités. Ces institutions financières sont accusées d’avoir collecté des fonds appartenant à l’État sans en assurer la traçabilité, tout en se soustrayant au paiement des impôts et taxes dus au Trésor public.
« On nous a clairement dit d’arrêter. Le message était simple : certaines banques sont intouchables », confie sous anonymat un haut cadre impliqué dans les mécanismes de contrôle financier.
Selon plusieurs experts interrogés, cette mise sous cloche du secteur bancaire aurait permis le détournement de sommes colossales. Des documents internes et des témoignages recoupés évoquent un montant vertigineux : près de 27 000 milliards de FCFA auraient été siphonnés au fil des années sous le régime de la junte.
« Sans contrôle bancaire, il n’y a pas d’État. Tout devient possible : fausses créances, transferts opaques, comptes parallèles », explique un ancien responsable du Trésor public aujourd’hui écarté de l’administration.
Le contrôleur général lui-même aurait tenté à plusieurs reprises d’alerter les autorités sur la nécessité de bancariser l’ensemble des actifs financiers de l’État, une réforme pourtant considérée comme minimale par les standards internationaux. Mais chaque tentative se serait heurtée à un refus politique catégorique.
« La liquidité est leur arme. Tant que l’argent circule hors des banques et sans trace, le système tient », affirme une source proche du dossier.
La comparaison régionale met encore davantage en lumière l’ampleur du blocage. Au Rwanda, les paiements en espèces sont quasi inexistants dans les services publics ; même les hôpitaux refusent le cash. Cette dématérialisation a considérablement réduit les possibilités de détournement. Ici, à l’inverse, le maintien du liquide apparaît comme un choix stratégique.
Pour plusieurs analystes, l’entrave au contrôle bancaire n’est ni accidentelle ni temporaire. Elle serait au cœur d’un système organisé de prédation financière, protégé au plus haut niveau de l’État.
« Tant que les organes de contrôle sont muselés, la corruption n’est pas un dysfonctionnement : c’est un mode de gouvernance », résume un économiste indépendant.
Alors que les révélations s’accumulent, une question devient incontournable : comment un régime qui revendique la moralisation de la vie publique peut-il interdire à son propre contrôleur général d’examiner les circuits financiers les plus sensibles ? Pour beaucoup, la réponse ne fait plus de doute. Derrière le discours officiel, l’impunité serait la véritable colonne vertébrale du système.
Par Mme Agnès Jean
Sahel7


