Sarah H. Salmane
analyste, chercheure
associée au CEDPE
En avril 2021, à la mort de son père Idriss Déby Itno, tué au front selon l'armée, le chef de la junte a été plébiscité par la majorité des Tchadiens. Jeune militaire, formé dans les écoles d'officiers plutôt qu'à l'université, il incarnait aux yeux de beaucoup le sauveur d'un pays déstabilisé par les conflits et appauvri par la corruption et les détournements.
Cinq ans plus tard, le constat est accablant. Inutile d'en dresser l'inventaire complet : arrêtons-nous sur trois signes. Les conflits se multiplient, l'insécurité s'étend, et les rébellions prolifèrent aux portes du pays. Comme nous l'avions déjà signalé, le chef de la junte a lui-même réuni tous les ingrédients d'un renversement. La question est donc de savoir s'il mesure réellement ce qui se trame autour de lui, et jusque dans son propre camp. Le danger ne le guette-t-il pas désormais de toutes parts ? Pourquoi ne pas réviser sa politique avant qu'il ne soit trop tard ? Pourquoi s'obstiner sur cette pente glissante, dangereuse pour lui, mais plus encore pour un peuple qui a déjà tant souffert ?
Car il faut le dire sans détour : une rébellion qui renverserait le pouvoir ramènerait le pays à la case départ, avec toutes les conséquences déjà vécues, surtout si elle était conduite, une fois de plus, par un général. Le peuple se retrouve ainsi pris entre l'enclume et le marteau : d'un côté, un chef de junte qui persiste dans une gestion néfaste ; de l'autre, une multitude de chefs de guerre qui refusent de s'unir derrière un seul homme. Et les opposants armés doivent se garder de commettre la même erreur en imposant un général à la tête de leur mouvement : avec tout le respect dû aux militaires, tous ceux qui ont dirigé le pays ont échoué.
En soixante-six ans d'indépendance, de 1960 à nos jours, le seul pouvoir civil à avoir réussi à bâtir une administration est celui de François Tombalbaye, quoi qu'on pense de lui par ailleurs. C'est pourquoi une rébellion dirigée par un militaire est, à nos yeux, vouée à l'échec avant même d'avoir commencé.
Le chef de la junte peut encore épargner au Tchad une énième rébellion, par égard pour ses compatriotes, en choisissant l'une de deux options courageuses : rendre le tablier, ou changer de cap. La seconde option commence par cesser d'écouter les « Doungourous », ces courtisans qui lui dessinent une image mensongère de la situation. Elle consiste à engager une véritable politique de rassemblement et de réconciliation : instaurer la justice, autoriser les partis politiques, accepter l'audit de tous ceux qui ont détourné des fonds publics. A cette seule condition, le Tchad pourra éviter le pire.
analyste, chercheure
associée au CEDPE
En avril 2021, à la mort de son père Idriss Déby Itno, tué au front selon l'armée, le chef de la junte a été plébiscité par la majorité des Tchadiens. Jeune militaire, formé dans les écoles d'officiers plutôt qu'à l'université, il incarnait aux yeux de beaucoup le sauveur d'un pays déstabilisé par les conflits et appauvri par la corruption et les détournements.
Cinq ans plus tard, le constat est accablant. Inutile d'en dresser l'inventaire complet : arrêtons-nous sur trois signes. Les conflits se multiplient, l'insécurité s'étend, et les rébellions prolifèrent aux portes du pays. Comme nous l'avions déjà signalé, le chef de la junte a lui-même réuni tous les ingrédients d'un renversement. La question est donc de savoir s'il mesure réellement ce qui se trame autour de lui, et jusque dans son propre camp. Le danger ne le guette-t-il pas désormais de toutes parts ? Pourquoi ne pas réviser sa politique avant qu'il ne soit trop tard ? Pourquoi s'obstiner sur cette pente glissante, dangereuse pour lui, mais plus encore pour un peuple qui a déjà tant souffert ?
Car il faut le dire sans détour : une rébellion qui renverserait le pouvoir ramènerait le pays à la case départ, avec toutes les conséquences déjà vécues, surtout si elle était conduite, une fois de plus, par un général. Le peuple se retrouve ainsi pris entre l'enclume et le marteau : d'un côté, un chef de junte qui persiste dans une gestion néfaste ; de l'autre, une multitude de chefs de guerre qui refusent de s'unir derrière un seul homme. Et les opposants armés doivent se garder de commettre la même erreur en imposant un général à la tête de leur mouvement : avec tout le respect dû aux militaires, tous ceux qui ont dirigé le pays ont échoué.
En soixante-six ans d'indépendance, de 1960 à nos jours, le seul pouvoir civil à avoir réussi à bâtir une administration est celui de François Tombalbaye, quoi qu'on pense de lui par ailleurs. C'est pourquoi une rébellion dirigée par un militaire est, à nos yeux, vouée à l'échec avant même d'avoir commencé.
Le chef de la junte peut encore épargner au Tchad une énième rébellion, par égard pour ses compatriotes, en choisissant l'une de deux options courageuses : rendre le tablier, ou changer de cap. La seconde option commence par cesser d'écouter les « Doungourous », ces courtisans qui lui dessinent une image mensongère de la situation. Elle consiste à engager une véritable politique de rassemblement et de réconciliation : instaurer la justice, autoriser les partis politiques, accepter l'audit de tous ceux qui ont détourné des fonds publics. A cette seule condition, le Tchad pourra éviter le pire.